|
Recherche sur le site au responsable du site (Pour poser une question, suggérer une amélioration ou signaler une coquille) Typographie, choix éditoriaux, et brève histoire de… Cet ouvrage est diffusé sous Licence Creative Commons |
||||||||
Petit motif n’occupant qu’une partie de la justification (voir ce mot).
Composition au plomb : lingot destiné à créer un blanc important dans une ligne, par exemple pour justifier une ligne creuse.
1. Cadrat dont lépaisseur est égale à la force du corps utilisé. En termes moins typographiques : la face supérieure du lingot est carrée.
|
Corps
(en points) |
Retrait
(en cm) |
|
8
|
0,28
|
|
9
|
0,32
|
|
10
|
0,35
|
|
11
|
0,39
|
|
12
|
0,42
|
|
13
|
0,46
|
|
14
|
0,50
|
Vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor, fructidor.
Le calibre des armes (diamètre de lâme du canon) sexprime en chiffres arabes. Du pistolet dalarme à la pièce dartillerie lourde, lunité de mesure est le millimètre. Lorsque la nature de larme est précisée, lunité de mesure sera omise avec profit : un canon de 75.
Pour Impr. nat. 1990, lorsque le calibre est substantivé et désigne larme elle-même, le symbole dunité de mesure est sous-entendu. Cest vrai lorsque le calibre suffit à caractériser clairement une arme : un 7,65 ; « Les deux canons, des 75, étaient en batterie des deux côtés dune large avenue quils balayaient. » André MALRAUX, lEspoir. En revanche, on devra se montrer plus précis dans dautres cas : un 9 mm.
Plusieurs calibres « anglo-saxons » sont dun usage courant.
Usage traditionnel aujourdhui déconseillé dans les textes destinés à être lus par un public plus large que celui des écoles dartillerie : emploi du centimètre pour le calibre des pièces dartillerie allemandes.
![]()
Jadis, le calibre dune pièce dartillerie correspondait au poids du boulet quelle tirait, et lunité de mesure était la livre.
![]()
Composition au plomb : outil servant à vérifier la force de corps des caractères.
« On se sert souvent des lettres capitales pour mettre
à la tête de certains mots que lon veut distinguer
des autres et faire remarquer dans lécriture, soit imprimée,
soit manuscrite ; mais on est fort peu daccord sur la manière
de se servir de ces lettres, et lon trouve à cet égard bien
des contrariétés entre les auteurs. »
Pierre Claude Victoire BOISTE,
Dictionnaire universel de la langue françoise.
Points abréviatifs dans gr. cap., qui se lit « grande(s) capitale(s) ». En revanche, il est inutile daffubler labrègement « cap » dun point abréviatif, puisquil sagit dune troncation. On prononce « cap ».
Ornement servant de cadre.
« Mais il sest produit une très grande diversité
dans la distribution des cassetins, et chaque
imprimerie la réglée suivant la nature de ses travaux
habituels. Nous navons trouvé, dans les casses en
usage, aucune combinaison qui nous parût propre
à être offerte comme un type normal. Nous avons
donc pris le parti de créer un modèle, que nous
avons établi suivant les données les plus générales
et les plus rationnelles. »
Henri FOURNIER, Traité de la typographie.
![]()
Boîte plate et compartimentée où sont répartis tous les signes et les blancs fractionnaires dune police (caractères du même corps) nécessaires au compositeur. (Plusieurs casses ne contiennent pas lintégralité dune police de labeur. Les sortes surabondantes sont rangées dans des bardeaux, immenses tiroirs à cassetins, voire dans des cornets en papier.)
![]()
Beaucoup douvrages reproduisent le schéma de la casse « parisienne ». Sil est vrai que cette casse fut la plus utilisée, ce serait une erreur de croire que les tentatives de normalisation imposèrent jamais un modèle unique : il y eut les casses Rignoux, Breton, Raçon, Billoux, Jouglet, la casse dite « de la Commission », la casse lyonnaise, etc. : Audin 1949 a relaté avec précision leur histoire. Cette diversité ne facilitait pas la tâche des apprentis et des compositeurs à lhumeur vagabonde. Au XIXe siècle, la plupart des bons auteurs de traités et de manuels typographiques (Fournier 1903, Lefevre 1883) ont proposé leur propre modèle de casse.
Dautres casses, très différentes, étaient conçues pour la composition de langlaise, de la ronde, de la musique, des langues étrangères, etc. ; dautres étaient destinées aux signes mathématiques, aux vignettes, aux accolades, aux filets, etc.
On rangeait les casses dans des meubles appelés layettes.
Dans largot des typographes, « être à fond de casse » signifiait : avoir la gueule de bois.
![]()
Plusieurs auteurs modernes écrivent que la grandeur des cassetins est proportionnelle à la fréquence demploi des lettres quils contiennent. Très approximativement. Les écarts de fréquence sont tels quun brin de souplesse simpose dans le calcul des dimensions : les « e » dune police de labeur sont quatre-vingt-dix fois plus nombreux que les « w » et neuf fois plus nombreux que les « g » ; le cassetin des « e » est six fois plus grand que celui des « w », trois fois plus grand que celui des « g ».
Aujourdhui, un anglicisme se répand, qui attribue à « casse » une acception nouvelle. Sous linfluence de change case, les francophones admettent que « changer de casse » signifie : passer du haut au bas de casse, et vice versa. Cette extension de sens et cet emploi sont parfaitement légitimes. En revanche, ladoption de « sensible à la casse » (daprès case sensitive) est pour le moins discutable…
À Typographie, le 23 mars 1998.
B. LOMBART : Les minuscules sont le « bas de casse », et les majuscules le « haut de casse ». Mais quel est le terme générique pour dire : majuscule ou minuscule ? Dit-on : « Ce moteur de recherche prend en compte la casse » ? Ou « la hauteur de casse » ? Comment faut-il dire ?
T. BOUCHE : [« Casse » serait] une traduction de langlais case, cest ça ? Certains répondront « oui » (certains parmi ceux-là diront : « Dailleurs je le fais tous les jours »), mais je ne trouve pas ça satisfaisant.
« Changer de casse » est de nos jours assez répandu. Cest sans doute regrettable, mais quy faire ? Trouver mieux et limposer (je veux dire : lintroduire dans lusage) ? Cest possible, souhaitable, mais cest loin dêtre fait… Qui se soucie aujourdhui du fait que des minuscules accentuées comme à, è, ù, ê se situaient dans le haut de la casse […] ? Il y a belle lurette (en gros, depuis quil ny a plus de casses) que ces signes appartiennent au bas de casse, qui regroupe, sans équivoque, toutes les minuscules.
T. BOUCHE : Au fait, quand Bringhurst parle de tricameral, je suppose quil renvoie à une étymologie latine. Y aurait-il un salut de ce côté-là ?
Là où je te suis, avec Bringhurst, cest sur lindispensable tricassité (minuscules/médiuscules/majuscules > bas de casse/petites caps/grandes caps) !
À Typographie, le 2 février 2001.
P. ANDRIES : Jaimerais avoir un petit mot pour désigner la casse des mots comme vederLa (en italien) ou McCormack (en anglais). Ils ne sont ni écrits en majuscules, ni en minuscules mais en…
Je ne comprends pas bien ta question.
Dabord (contrairement à b. de c., caps et petites caps), majuscules et minuscules ne sont pas des casses.
Question casse, quelle différence avec Mac-Mahon ou Mac Orlan ? Comme vederLa (cest quoi ?) et McCormack, ces noms sont ici composés en b. de c. Il se trouve que leur catégorie leur fait prendre une majuscule, donc une cap initiale (ou non, pour le mystérieux vederLa), et que leur structure en impose une autre, interne.
La différence entre McCormack et Mac Orlan nest pas affaire de casse mais de graphie. Le C de McCormack est incontestablement une majuscule (donc une cap) au même titre que le O de Mac Orlan. La soudure ou labsence de soudure, le trait dunion ou labsence de trait dunion ne changent rien à la « casse ». Sauf… sauf pour ceux qui soudent à tire-larigot et qui se trouvent bien démunis quand la saison du tout en caps est venue. Ainsi, McCormack ne peut-il devenir MCCORMACK et se compose-t-il plus clairement McCORMACK. Donc… le vrai problème de « casse » nest pas celui que pose le C de Cormack… mais le c de Mc…
Cathédrale
Église
Supprimer un ou plusieurs éléments dun ouvrage ou dune publication. Cette « censure » seffectue pour des motifs divers, volontairement ou par contrainte.
« Passer au caviar » évoque une pratique courante dans la Russie de Nicolas Ier : les censeurs appliquaient une couche dencre noire et épaisse sur un fragment (ou la totalité) dun texte, afin den interdire la lecture. Aujourdhui, on caviarde plus discrètement.
Chacun ses goûts : à loral (théâtre, télévision, etc.), on ne caviarde pas, on sucre.
![]()
Voici ce que proposait labbé de Petity (Petity 1766), prédicateur de la reine : « On pourroit encore tirer un autre service de la cédille en faveur des Enfans & des Étrangers, qui sont souvent embarassés sur la manière dont ils doivent prononcer le t dans certains mots ; ce seroit, dappliquer ce signe à cette lettre, quand elle a la valeur du s ; comme dans les mots minutie, portion, faction, quotien, etc. par cet expédient, sa prononciation seroit réglée ; & lon ne confondroit plus les cas, où elle a sa valeur naturelle ; comme dans les mots, partie, question, digestion, chrétien. Quand il en coûte si peu, pour rémédier à des imperfections ; cest vouloir gratuitement les éterniser, que de les laisser subsister. ».
Un siècle plus tard, Didot 1868 soutiendra la même thèse.
Cent
Mille, mil, millier.
Accord
Cent ne prend pas la marque du pluriel.
1.
Au singulier… : cent dix.
2. Lorsquil est ordinal : page deux cent (la deux centième page) mais deux cents pages ; en mille neuf cent (la mille neuf centième année de lère chrétienne) mais mille neuf cents francs.
3. Lorsquil est suivi dun autre numéral : deux cent vingt-trois ; deux cent mille.
Attention à millier, million et milliard, qui ne sont pas des adjectifs numéraux mais des noms ; placé avant eux, cent prend la marque du pluriel : deux cents milliers de têtes de bétail, trois cents millions dénergumènes, quatre cents milliards de spermatozoïdes. Mais : trois cent quarante millions de roupies, quatre cent cinquante milliards détoiles. (Deux cent trente-trois milliers serait ridicule et fautif, car milliers exclut toute précision.)
Expressions diverses
Des mille et des cents, les Cent-Jours,
le Conseil des Cinq-Cents.
En français, césure désigne une coupure rythmique au sein dun vers ou dune phrase (éventuellement musicale). Et pas autre chose… Les éditeurs et les traducteurs de logiciels, quelques auteurs de manuels, des journalistes spécialisés nen ont cure ou lignorent : ils désignent ainsi ce que les typographes et les grammairiens ont toujours appelé la division ou la coupure de mots en fin de ligne.
![]()
Académie 1994, Grevisse 1986, Frey 1857, Paput 1997, Richaudeau 1989.
![]()
Gradus 1980, Perrousseaux 1995, Typogr. romand 1993.
La Chambre, la Chambre des communes (les Communes), la Chambre des députés, la Chambre des lords, la Chambre des pairs, la Chambre des représentants, la Chambre des requêtes.
Une chambre ardente, la chambre de commerce de Bordeaux (Lyon, Toulouse, etc.).
Championnat
Manifestation sportive
Chapelle
Monument
Abréviation : chap. (chapitre, chapitres).
Le mot chapitre ne sabrège que dans les notes, les annexes, etc. Dans le texte courant, il ne sabrège que dans les références situées entre parenthèses.
![]()
Lefevre 1883.
¶ Numérotation
Dans le corps du texte, et selon la nature de celui-ci, les numéros de chapitres se composent soit en toutes lettres, soit en chiffres romains petites capitales : le troisième chapitre est assommant ; commentez la fin du chapitre IV.
Dans les références, ils se composent toujours en chiffres romains petites capitales : Id. chap. IV.
Dans les titres, ils se composent en chiffres romains grandes capitales, à lexception du premier (si le mot chapitre figure dans le titre), composition centrée :
| II | III |
| CHAPITRE II | CHAPITRE III |
¶ Typographie soignée
¶ Définitions
1. Acception première : la chasse est un excédent de composition non prévu : nayant pas trouvé de place disponible, des caractères ont été chassés de la ligne, des lignes ont été chassées de la composition. Les causes sont multiples : remaniements, ajouts, corrections, erreur dappréciation du typographe, copie mal calibrée, emploi dune police qui chasse beaucoup.
Pour corriger une chasse inopportune ou excessive, il faut gagner.
![]()
Druet & Grégoire 1976, Larousse 1933, Littré 1872, Robert 1985.
2. Par extension, épaisseur dun caractère « typographique » (plomb). Les approches naturelles sont par nature incluses dans la chasse.
![]()
Académie 1994 sy perd un peu et inverse les termes de lextension de sens.
3. Aujourdhui : largeur dun signe typographique. Pour certains auteurs, les approches ne sont pas incluses dans la chasse, pour dautres, elles participent à la chasse : cette divergence na aucune incidence pratique. Quelle que soit la définition retenue, il est évident quau sein dune même police les divers signes chassent plus ou moins : image ! ! !. La chasse varie également avec la force du corps : image ! ! !.
Dans une même famille, des fontes chassent plus que dautres :
![]()
¶ Chasse interdite ?
Les logiciels permettent de jouer facilement avec la chasse. Pour la plupart des scripteurs, la manœuvre est inutile et risquée ; ses effets sont souvent désastreux. Tout abus est sanctionné par lamoindrissement voire par lanéantissement de la lisibilité des textes ainsi martyrisés.
Châtain
Couleur.
« Elle sappelait Virginie et elle était châtaine. »
Charles CROS, le Collier de griffes.
Châtain saccorde en nombre : des cheveux châtains. Pour le genre, les avis sont partagés. Le féminin fut longtemps considéré comme irrégulier et inutile : châtain est dérivé de châtaigne, nom commun employé comme adjectif féminin. Cet argument na plus aucune justification : adjectif de couleur, châtaigne est devenu très rare et, contrairement à châtain, ne qualifie plus une chevelure ( archaïsme délibéré chez quelques écrivains). Il demeure toutefois que le féminin châtaine(s) na rien de particulièrement séduisant : {une chevelure châtaine, des femmes châtaines}. Affaire de goût… On peut préférer : une chevelure châtain, des femmes châtains (ou châtain, si lon appartient au dernier carré des tenants de linvariabilité en genre et en nombre).
![]()
(Invariable en genre) Larousse 1999.
![]()
(Féminin facultatif ou déconseillé) Colin 1994, Français contemp. 1992, Lexis 1989, Robert 1993.
![]()
(Féminin conseillé ou obligatoire) Académie 1994, Girodet 1988, Hanse 1987, Larousse 1933, Thomas 1971.
Château
Monument
Cheminée
Lézarde
Chiffres
Cent, Mille, mil, millier, Nombre, Zéro.
Les chiffres français se fondent harmonieusement dans le gris du texte :
.
Ce nest pas le cas des chiffres anglais : ![]()

![]()

![]()
Il existe des partisans du « tout en chiffres ». Leur argumentation mérite quon sy attarde. Lastuce consiste à faire accroire que « les autres » sont dincurables crétins partisans du « tout en lettres ». Voici un passage intitulé « Chiffres ou lettres », extrait de Richaudeau 1989 :
« “Deux mille un, lodyssée de lespace”
« “2001 lodyssée de lespace”
« Comme les responsables du célèbre film ont eu raison de composer le millésime en chiffres arabes et non en signes alphabétiques. Mais pourquoi cet exemple nest-il pas généralisé, pourquoi les nombres sont-ils presque toujours imprimés en lettres et non en chiffres ? »
À lexception des notaires et des poètes, tout le monde écrit et compose les années (dates) en chiffres arabes (voir : An, année). Lexemple, déjà « généralisé », est mal choisi, dautant que 2001 nest pas un millésime (voir : Millésime). Dautant que le titre français du film de Stanley Kubrick est 2001, lOdyssée de lespace. Poursuivons notre lecture :
« Quelle curieuse évolution historique dans la composition de :
| M D C C L X X X I X | 10 | signes | |
| 1 7 8 9 | 4 | signes | |
| mille sept cent quatre-vingt-neuf | 28 | signes [sic] |
Dessin
et histoire du dessin des chiffres
À Typographie, le 13 octobre 1997.
J. ANDRÉ : On parle de la queue du 9. Comment appelle-t-on le contraire pour le 6, cest-à-dire ce qui correspond en gros à la hampe du f ?
Bien quil soit admis (aujourdhui… cest récent) avec cette acception dans les dictionnaires de la langue et dans de nombreux ouvrages consacrés à la typographie, je ne suis pas très séduit par lemploi de « queue » dans larchitecture de la lettre. Cétait et cest un terme relatif à la composition (fin de page laissée en blanc).
Il me semble que le 9 (longue du bas dans les chiffres elzéviriens) a une hampe (certes courbe, mais pas plus que celle de certains g italiques) descendante ; le 6 (longue du haut), une hampe ascendante.
Même si cest un peu discutable (en principe, les hampes descendantes descendent sous la ligne de base…), cela peut sappliquer aussi aux chiffres dits anglais. Par analogie…
On a dailleurs le même problème si, par exemple comme le Robert, on retient « queue » pour désigner strictement la portion de la hampe qui descend sous la ligne de base… Comment parler de « queue » à propos du 9 anglais ?… Par parenthèse, cette difficulté terminologique montre à quel point les chiffres « calibrés » sont autant de cheveux sur la soupe des lettres…
Certains auteurs adoptent « queue » pour désigner une terminaison quelconque de trait, voire un trait accessoire. On peut dès lors parler de queues ascendantes, descendantes, horizontales, obliques, etc. En dépit de ma remarque initiale (que je suis prêt à qualifier de dérisoire et qui sent un peu la naphtaline) sur la double acception, cette extension de sens me semble intéressante.
Si on la retient, rien ninterdit de parler de la queue du 6, ce qui rejoindra une symbolique presque aussi vieille que ce chiffre (il faudra éventuellement songer à débaptiser sa « panse »).
À Typographie, le 11 mars 1998.
J. ANDRÉ : Pourquoi nous, Français, mettons une barre au 1 qui ne se confond plus avec le 7 (barré en français) et pourquoi les Anglais dessinent-ils le 1 comme un i ou un l, et le 7 comme un 1 ?
Là, cest plus vraiment de la typo, mais de la calli…
Les linéales dont les 1 reprennent la graphie manuscrite minimaliste des Anglo-Saxons sont (scusez…) extrêmement rares. Encore heureux : outre le I (i cap) et le l (L b. de c.), elles se retrouvent avec un troisième signe quasi identique (1, un).
Y a le Gill, évidemment… très beau, mais mieux vaut ne pas avoir à composer un machin abrégé relatif à la première illustration :
…
Pareil pour les 7 barrés… Je nai pas cherché à en débusquer, mais, a priori, ils ne courent pas les polices, même les scriptes et les manuaires. Sur le même sujet… les polices empattées ne sont pas entièrement à labri du danger : le
elzévirien ressemble parfois furieusement au
petite cap…
À Typographie, du 5 au 27 novembre 1998.
M. BUJARDET : En tradition anglo-saxonne, qui domine aujourdhui largement les polices de caractères industrielles, les chiffres « à lancienne » sont ainsi présentés : 1, 2 et 0 ont la taille et la position des bas de casse. 3, 4, 5, 7 et 9 ont la taille des capitales, mais le haut des lettres est aligné sur les bas de casse. 6 et 8 ont la taille et la position des capitales.
À mon avis, cest cela la tradition française… À moins que les typographes français de la Renaissance ou du Grand Siècle naient été anglo-saxons sans sen douter… Elle remonte dailleurs encore plus haut dans le temps, bien avant Gugutte…
M. BUJARDET : Daprès Matthew, la tradition française serait différente, notamment concernant le 3 et le 5.
Ce qui est vrai, cest quil y a des variantes (regrettables…). La plus répandue (surtout dans les didones et les modernes XIXe-début XXe) est sans doute celle-ci :
![]()
: hauteur dx ;
![]()
: hauteur et position des grandes caps ;
![]()
: hauteur des caps, haut aligné sur celui des bas de casse.
Dans des sous-variantes, elle devient parfois hideuse (par exemple dans le Didot millimétrique) à cause du
: hauteur du corps, ou peu sen faut…
T. BOUCHE : […] Le 1 nest pas autre chose quun I petite cap…
En romain, et encore pas toujours. Regarde une belle police elzévirienne de très près : tu verras que (souvent) lempattement du chiffre b. de c. est plus long que celui de la voyelle petite cap. Bon, ça joue à un poil de c…, mais ça joue…
T. BOUCHE : En particulier, pourquoi le zéro nhérite-t-il pas de laxe et des pleins & déliés du caractère environnant ?
Pour au moins deux bonnes raisons (a posteriori…). Dabord, justement, pour quil ne soit pas confondu avec le « o » (lettre) bas de casse… Ensuite, le « 0 » (zéro) cap rom. a généralement un axe vertical (même dans les humanes et les garaldes), son petit frère (même si cest laîné…) na aucune raison de faire le zouave… Dautant que la question de laxe ne se pose pas que pour le zéro…
Par ailleurs, regarde encore une fois de plus près… Dans de nombreuses bonnes polices elzéviriennes dhier et daujourdhui, le zéro b. de c. a des pleins et des déliés, certes imperceptibles à lœil nu dans les petits corps, certes beaucoup moins marqués que dans la voyelle b. de c., mais ils sont là ! Il est vrai que, par exemple, quelques antiques merveilles de lI.N. (Garamond, Grandjean…) et quantité de clones approximatifs ont un zéro b. de c. invraisemblable (cercle filiforme, pauvret, lamentable…).
Comme toi, je trouve cela très mystérieux… Existait-il dans les poinçons dorigine ?
T. BOUCHE : Je me souviens en particulier dun texte de Jérôme Peignot qui mavait beaucoup intrigué, car il laissait entendre que les chiffres elzéviriens avaient été inventés par les imprimeurs bien après que la gestion des types eut été mise au point ; et que leur forme avait été déterminée pour limprimerie, et non par analogie avec une graphie manuscrite (premier exemple, dans ce cas, dune création synthétique et non analogique mais le texte auquel je fais référence mavait assez peu convaincu, tant il mélangeait les époques et les références de façon anachronique).
Mouais… rendons à nos membres souplement articulés ce qui leur revient : si par exemple le 3 et le 9 terminent leur course sous la ligne de base, cest parce que la main a été entraînée dans ces parages… Il suffit de regarder certains manuscrits XIIIe-XVe siècle) pour le constater… ou, plus simplement, décrire en toute décontraction nos dix chiffres (pour que lexpérience soit probante, tracez deux lignes parallèles, distantes de 2,5 mm… et écrivez rapidement entre ces rails : il y a gros à parier que vous ne serez pas loin des elzéviriens).
Pour en revenir au ridicule zéro élzévirien que lon rencontre dès lorigine, même chez les meilleurs… Un échange privé avec T. Bouche (à propos du texte de Peignot) me fait penser à ceci : ne serait-ce pas une volonté de rester plus ou moins fidèle à laspect réellement riquiqui du zéro arabe, qui nest quun point, après tout, parfois un minuscule cercle sans ambition, enfin un petit machin mesquin (même si son rôle est énorme…), dun poids dérisoire à côté de celui des neuf autres membres de la bande ?
Quelquun connaît-il une source où cette hypothèse serait sérieusement étayée ? (Pas la filiation… mais la nette volonté de ne pas accorder trop de poids graphique au zéro elzévirien !)
Chiffres romains
Chiffres.
Emploi
En français, les chiffres romains ne peuvent être utilisés que dans lexpression de nombres ordinaux (ou assimilables à des ordinaux) : VIe arrondissement, XXe siècle, Louis XIV (le quatorzième), tome V (cinquième tome), MDCL (la mille six cent cinquantième année après la naissance du Christ), etc.
![]()
Frey 1857.
Écrire [XV de France], [rugby à XV], [jeu à XIII] est une faute grave, car ce quinze et ce treize sont définitivement cardinaux. > Quinze de France.
Grandes capitales. Divisions principales : millénaires, actes.
Petites capitales. Divisions secondaires : siècles, scènes.
Bas de casse.Lorsque le dernier signe est lunité, on remplace i par j. i, ij, iij, vj, vij, viij.
En italique, v était parfois remplacé par u : xxuij (27).
![]()
Denis 1952, Frey 1857.
Remarque. Dans un tableau, dans une table des matières, les chiffres romains salignent verticalement à gauche.
![]()
Impr. nat. 1990.
| 1 | I | 31 | XXXI | 121 | CXXI | 1 300 | MCCC | |||||||
| 2 | II | 39 | XXXIX | 129 | CXXIX | 1 450 | MCDL | |||||||
| 3 | III | 40 | XL | 149 | CXLIX | 1 500 | MD | |||||||
| 4 | IV | 41 | XLI | 150 | CL | 1 515 | MDXV | |||||||
| 5 | V | 49 | XLIX | 151 | CLI | 1 600 | MDC | |||||||
| 6 | VI | 50 | L | 159 | CLIX | 1 650 | MDCL | |||||||
| 7 | VII | 51 | LI | 160 | CLX | 1 700 | MDCC | |||||||
| 8 | VIII | 59 | LIX | 199 | CXCIX | 1 789 | MDCCLXXXIX | |||||||
| 9 | IX | 60 | LX | 200 | CC | 1 800 | MDCCC | |||||||
| 10 | X | 61 | LXI | 220 | CCXX | 1 801 | MDCCCI | |||||||
| 11 | XI | 69 | LXIX | 300 | CCC | 1 848 | MDCCCXLVIII | |||||||
| 12 | XII | 70 | LXX | 400 | CD | 1 870 | MDCCCLXX | |||||||
| 13 | XIII | 71 | LXXI | 500 | D | 1 900 | MCM | |||||||
| 14 | XIV | 79 | LXXIX | 600 | DC | 1 901 | MCMI | |||||||
| 15 | XV | 80 | LXXX | 700 | DCC | 1 910 | MCMX | |||||||
| 16 | XVI | 81 | LXXXI | 800 | DCCC | 1 914 | MCMXIV | |||||||
| 17 | XVII | 89 | LXXXIX | 900 | CM | 1 939 | MCMXXXIX | |||||||
| 18 | XVIII | 90 | XC | 999 | CMXCIX | 1 968 | MCMLXVIII | |||||||
| 19 | XIX | 91 | XCI | 1 000 | M | 1 990 | MCMXC | |||||||
| 20 | XX | 99 | XCIX | 1 001 | MI | 2 000 | MM | |||||||
| 21 | XXI | 100 | C | 1 050 | ML | 2 001 | MMI | |||||||
| 29 | XXIX | 101 | CI | 1 100 | MC | 2 500 | MMD | |||||||
| 30 | XXX | 111 | CXI | 1 200 | MCC | 3 000 | MMM |
Chimie
Abréviation.
Les symboles chimiques prennent toujours la majuscule initiale et se composent en romain : C, Ca, Cd.
Ils ne sont jamais suivis du point abréviatif.
Ils ne sont (hélas…) jamais accentués : Be pour « béryllium », Ne pour « néon ».
Ils ne semploient jamais hors des formules : la molécule deau est composée dun atome doxygène et de deux atomes dhydrogène.
« Quest-ce que vous buvez ? H2O… Cest bon ? Non. »
Dans les formules, les symboles sont accolés sans espace.
Larousse 1985 : « La célèbre synthèse de lurée est une réaction disomérie avec le cyanate dammonium, tous deux répondant à la formule CON2H4. »
Contrairement à la plupart des « abréviations » scientifiques, les symboles chimiques sépellent : Cu ne se lit ni cuivre ni cu mais céhu.
Classement alphabétique des formules (index, tableaux, etc.) : chaque élément doit être considéré comme un mot.
![]()
Les symboles des éléments sont formés à partir de racines latines (comme ferrum) ou grecques (comme astatos ou iôdês), ou de bidouillages perpétrés sur des langues diverses (allemand, arabe, etc.) dans le latin des alchimistes (bisemutum, borax) et le gréco-latin darrière-cuisine des chimistes (tantalum, technétium). Cobalt, nickel, tungstène, wolfram, zinc sont issus de langues germaniques. Comme les chimistes du Nord ne sont guère favorisés par les racines grecques et latines, on leur accorde volontiers cette compensation.
Remarquons cependant quen français le wolfram (minerai de tungstène) nest pas du tungstène et que lancien usage du symbole Tu a été inconsidérément abandonné.
Quelques symboles ne coïncident pas avec le nom français des éléments. Leur origine est précisée ici entre parenthèses : lantimoine (stibium) Sb, lazote (nitrogène) N, létain (stannum) Sn, le mercure (hydrargyrum) Hg, lor (aurum) Au, le potassium (kalium) K, le sodium (natrium) Na, le tungstène (wolfram) W.
![]()
Code typ. 1993 [berkelium] ; Doppagne 1991 {lutetium}.
• Certains éléments ont changé de nom (et en conséquence de symbole). Les formes vieillies ne doivent plus être employées.
Exemples : [colombium (Cb)] > niobium (Nb) ; [glucinium (Gl)] > béryllium (Be). Regrettons-le pour [tungstène (Tu)]…
![]()
Doppagne 1991.
Symboles des éléments
| actinium | Ac | einsteinium 3 | Es | mendélévium 7 | Md | ruthénium | Ru | ||||||
| aluminium | Al | erbium | Er | mercure | Hg | samarium | Sm | ||||||
| américium | Am | étain | Sn | molybdène | Mo | scandium | Sc | ||||||
| antimoine | Sb | europium | Eu | néodyme | Nd | sélénium | Se | ||||||
| argent | Ag | fer | Fe | néon | Ne | silicium | Si | ||||||
| argon | Ar | fermium | Fm | neptunium | Np | sodium | Na | ||||||
| arsenic | As | fluor | F | nickel | Ni | soufre | S | ||||||
| astate 1 | At | francium | Fr | niobium | Nb | strontium | Sr | ||||||
| azote | N | gadolinium | Gd | nobélium | No | tantale | Ta | ||||||
| baryum | Ba | gallium | Ga | or | Au | technétium | Tc | ||||||
| berkélium | Bk | germanium | Ge | osmium | Os | tellure | Te | ||||||
| béryllium | Be | hafnium | Hf | oxygène | O | terbium | Tb | ||||||
| bismuth | Bi | hahnium 4 | Ha | palladium | Pd | thallium | Tl | ||||||
| bore | B | hélium | He | phosphore | P | thorium | Th | ||||||
| brome | Br | holmium | Ho | platine | Pt | thulium | Tm | ||||||
| cadmium | Cd | hydrogène | H | plomb | Pb | titane | Ti | ||||||
| calcium | Ca | indium | In | plutonium | Pu | tungstène | W | ||||||
| californium | Cf | iode | I | polonium | Po | unnilhexium 9 | Unh | ||||||
| carbone | C | iridium | Ir | potassium | K | uranium | U | ||||||
| cérium | Ce | kourtchatovium 5 | Ku | praséodyme | Pr | vanadium | V | ||||||
| césium 2 | Cs | krypton | Kr | prométhéum 8 | Pm | xénon | Xe | ||||||
| chlore | Cl | lanthane | La | protactinium | Pa | ytterbium | Yb | ||||||
| chrome | Cr | lawrencium 6 | Lr | radium | Ra | yttrium | Y | ||||||
| cobalt | Co | lithium | Li | radon | Rn | zinc | Zn | ||||||
| cuivre | Cu | lutécium | Lu | rhénium | Re | zirconium | Zr | ||||||
| curium | Cm | magnésium | Mg | rhodium | Rh | ||||||||
| dysprosium | Dy | manganèse | Mn | rubidium | Rb |
Cicéro
Mesure typographique.
Larousse 1992 (entrée [cicero] ; « cicéro » à larticle « Douze ») : « Épaisseur de douze points typographiques, qui sert dunité de longueur en imprimerie. Syn. : douze. »
Robert 1985 : « Caractère dimprimerie de douze points typographiques, soit 4,5 mm (unité de mesure typographique). »
Circonscription universitaire
Académie
« Pas trop de citations danglais, ditalien,
despagnol. Tu as lair dun larbin dhôtel qui colle
des étiquettes sur des bagages. »
Léon-Paul FARGUE, Suite familière *.
« Laphorisme : cest LA citation par définition
pour le monde universitaire mais de laphorisme
à la connerie, il ny a que la minceur du temps. »
Yak RIVAIS, les Demoiselles dA.
Vocabulaire
Une citation nest pas nécessairement un extrait.
Exemples. Il citait souvent cette phrase de Picabia : « Si vous voulez avoir des idées propres, changez-en comme de chemise. »
« Les répliques célèbres comme “Sans dot”, ou, sur le cœur à droite : “Nous avons changé tout cela”, ou bien lironique : “Des mots, des mots, des mots”, sont fort difficiles à dire. » ALAIN, « le Comédien », Propos.
Citation dans la citation
« Un jour de lan passé, sur le pont des Arts, quelquun de mes confrères de lInstitut se plaignit devant moi de lennui de vieillir. “Cest encore, lui répondit Sainte-Beuve, le seul moyen quon ait trouvé de vivre longtemps.” Jai usé de ce moyen, et je sais ce quil vaut. » Anatole FRANCE, le Crime de Sylvestre Bonnard.
Références
Dans les ouvrages sérieux, léquité na pas sa place ; lanonymat est parfois nécessaire. On peut le regretter :
« Puisque les légumineuses sont phosphatées, quelle raison avait Franklin de plâtrer la luzerne ? [Marie P., quarante-cinq ans, institutrice. Démence précoce. Écrit spontané.] » Citation empruntée au [Dr J. R. de F.], ancien chef de clinique à la faculté de médecine de [P]., « Écrit prémédité », les Écrits et les Dessins dans les maladies nerveuses et mentales.
Joseph Rogues de Fursac avait un nom en 1905, mais Marie, auteur dune si belle phrase, naura jamais quune initiale derrière son prénom.
Fausses citations
Elles méritent dêtre traitées comme les vraies. Singulièrement les « vraies-fausses », dont le modèle, insurpassable, est dû à Tristan Corbière (épigraphe de « Ça ? », les Amours jaunes) :
« “What ? …”
SHAKESPEARE »
Les citations « fabriquées » sont moins subtiles mais parfois drôles. Deux exemples empruntés à Alexandre Breffort : « Zut ! jai loupé ma correspondance ! » (Madame de Sévigné.) « Tout le monde descend ! » (Charles Darwin.)
Citation mise en exergue, voir : Épigraphe.
I. Guillemets « continus »
et citations dans une citation
À Typographie, le 6 mai 1997.
M. ANDRÉANI : Je trouve très commode dans les dialogues sur courrier électronique le signe > qui apparaît en tête de ligne lorsquon cite un interlocuteur […]. Existe-t-il un équivalent typographiquement correct ? Quel est le bon goût en ce domaine, si tout un paragraphe doit être immédiatement vu dans une page comme une citation ?
T. BOUCHE : Lexact équivalent existe, quoique légèrement désuet : mettre un guillemet ouvrant en début de ligne tant que la citation dure. Une version plus soft est de reprendre ce guillemet en début dalinéa (mais pas à chaque ligne).
Pas exactement. Les guillemets (ouvrants, mais pour certains typographes fermants) au début de chaque ligne nindiquent (nindiquaient ?) que les citations secondaires (citation dans une citation). Pour les citations principales, on se contente de guillemets ouvrants au début de chaque alinéa.
À Typographie, le 28 avril 1998.
M. BOVANI : Je préfère quant à moi les guillemets ouvrants [dans ce cas dune citation dans une citation], peut-être juste par habitude, et je ne vois pas de raison qui justifie une solution plutôt que lautre…
Aïe ! Ça na pas traîné, tes sans pitié (je suis déjà en retard !)…
Bon… en deux mots : dans ce rôle, je préfère les guillemets fermants car ils sont moins ambigus que leurs frères. Là où ils sont, ils ne peuvent rien fermer (alors que les guillemets « ouvrants » peuvent être perçus comme tels) ; par conséquent, ils peuvent se consacrer entièrement à leur petit rôle dindication marginale ! (Cest ma préférence, mais ce nest pas mon argument : celui-ci est aussi vieux que les guillemets continus…)
De toute façon, fermants ou ouvrants, les pauvres guillemets de citation seconde sont hélas tombés en désuétude… On comprend pourquoi… La moindre modif (par exemple, une recherche remplacement automatique…) peut foutre un bordel noir…
À Typographie, le 29 octobre 1998.
J. MELOT : Il est vrai que des guillemets (français) à l’intérieur de guillemets de même nature peuvent choquer, surtout s’ils sont rapprochés. L’anglais a la solution du guillemet (anglais) simple à l’intérieur des guillemets anglais (pleins, ou, improprement, doubles). J’aimerais connaître la position de Jean-Pierre Lacroux sur ce point.
Elle est banale… mais pas très simple… Je résume un max…
1. Les guillemets ne servent pas quà encadrer les citations… mais cest surtout des citations quon cause ici et singulièrement des citations enchâssées.
2. Pour les baliser, il existe deux (pour simplifier) méthodes. Lune est traditionnelle et très belle (si on la maîtrise…) ; lautre est moderne et très pratique (ce qui nest pas rien). Hors contexte, il ny a pas à choisir, car, selon la nature des textes à composer, lune est préférable à lautre…
3. La première (retenue par lI.N… mais de façon très partielle, très insuffisante…) consiste à nutiliser que des guillemets dits français.
4. La seconde hiérarchise deux et éventuellement trois sortes de guillemets (« français », “anglais”, faux allemands).
5. Avis personnel… Dans la méthode hiérarchique, le troisième niveau est le plus souvent inutile. Le recours (même abusif) à lital lélimine avec élégance.
À Typographie, du 10 au 19 novembre 1998.
P. CAZAUX : Jean-Pierre Lacroux disait : « Les guillemets continus ». Quest-ce que tu entends au juste par là ? (Oui, je sais, par là tentends pas grand-chose…) Mais encore ?
Je vais te le dire :
« Jentends un truc qui ressemble à « la prise de la
» smala d’Abd-el-Kader en 1843
» par les troupes du prince
» dAumale », ce qui nest effectivement pas grand-chose. »
You see, les petits guillemots qui volent à tire-daile le long de la marge sappellent depuis bien longtemps des guillemets continus…
T. BOUCHE : Un léger différend apparaît entre Olivier Randier et moi-même quant à la cruciale question des « guillemets continus » chers à notre J.-P. L.
Ma lecture du Maître est la suivante :
Par exemple : « Il a dit : « mon père
» bla bla bla bla bla bla bla bla bla
» bla bla bla bla bla bla ».
Tandis que celle dOlivier :
Par Belenos : « Il a dit : « mon père »
« disait que bla bla bla bla bla bla »
« bla bla bla bla bla bla bla ». […]
Ô Maître, merci de nous extraire de lerreur dont nous sommes enduits !
Je te reconnais bien là, fidèle disciple : ta lecture est la plus proche de la Vérité. Hélas, la perfection nest pas de ce monde, même chez les meilleurs, et ton point final hors guillemets me fout grandement les boules.
Je préfère ceci :
Par exemple : « Il a dit : « Mon père
» disait que bla bla bla bla bla bla
» bla bla bla bla bla bla. »
Dans ton exemple (vicieux), le dernier guillemet ferme à la fois la citation de premier niveau et la citation seconde.
Autre exemple, maybe plus clair :
Un mot pour : « Bla bla bla bla bla
bla bla bla, et il a dit : « Mon père
» disait que bla bla bla bla bla bla
» bla bla bla bla bla », ce qui prouve
que son papa blaguait. »
Ponctuation et citations
À Typographie, du 8 au 17 mars 1999.
J.-D. RONDINET : Ça donnerait : Louis XIV a écrit : « LÉtat, cest moi » (Libération, 2 mai 1713).
Éventuellement. Dans le cas où, le 2 mai 1713, Lib[ér]ation aurait publié ceci : « LÉtat, cest moi. » en attribuant, dune façon ou dune autre, cette formule à Louis XIV.
J.-D. RONDINET : Mais nous éviterons : Louis XIV a écrit : « LÉtat, cest moi. » (Libération, 2 mai 1713.)
Tiens… pourquoi éviter le meilleur ?
Dans le cas où, le 2 mai 1713, Lib[ér]ation aurait précisément publié ceci : Louis XIV a écrit : « LÉtat, cest moi. »
J. ANDRÉ : Histoire de compliquer un peu : sil sagit dun titre, on ne met pas de point à la fin. Donc si on cite le titre, on écrit : Louis XIV a écrit : « LÉtat, cest moi ». Avec un point extérieur ? Où est alors le meilleur ?
Le meilleur, cest lital, sans guillemets, sans deux-points… puisque cest un titre. Simple…
J.-D. RONDINET : Pourquoi veux-tu « respecter » ce point à tout prix dans ce contexte, alors que tu le sauterais sans état dâme dans : « LÉtat, cest moi », a dit Louis XIV. Ou dans : « LÉtat, cest moi » : Louis XIV le dit. Ou dans : Qui a écrit « LÉtat, cest moi » ? Quest-ce qui est si important dans cette ponctuation-là ?
Mais… mais… ces exemples (irréprochables…) nont rien à voir avec le précédent… qui attribuait la publication dune citation (dun mec, Louis XIV) à une source (différente : Lib[ér]ation, 2 mai 1713).
Ce qui me semble important, cest de baliser avec précision :
a) ce qui est attribuable au mec en question (facile) ;
b) ce qui revient à la source qui reprend ce qua dit le mec ;
c) ce qui appartient au gugusse qui fait référence à une source citant un mec…
Comme tu le sais, le point b) passe souvent à las au profit du point c)… Cest comme ça que se fabriquent beaucoup de livres… Bé, jaimions point trop ça… Cest très chiant à débusquer ces saletés. Cest même souvent impossible (faute de temps, de moyens… et, bien sûr, de volonté). Voilà pourquoi jaccorde de limportance à des broutilles ponctuationnelles.
P. JALLON : Le point final serait lexception qui confirme la règle : sil termine effectivement la phrase citée, il se met avant le guillemet fermant.
Oui… avec des nuances. Il faut aussi que la citation ait commencé par le premier mot dune phrase (la même ou une précédente…), bref, que la citation soit composée de phrases complètes.
Et encore… être complet et final ne suffit pas toujours… Faut aussi être intègre (en soi, donc pas nécessairement fidèle…) et indépendant (pas être à la remorque de machins trop intégrés).
[Exemple :] Dieu dit : « Que la lumière soit », et la lumière fut. Selon Jérôme, Dieu aurait dit : « Fiat lux ! », et, surprise, « la lumière fut ».
Dans lexemple précédent, « la lumière fut » achève la phrase citée et la phrase dans laquelle elle sinscrit, et pourtant le point final est chassé de lÉden guillemétique.
Sauvons-le : Au commencement, nous lisons : « Dieu dit : “Que la lumière soit”, et la lumière fut. »
Autres exemples… Pour lui, « tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux ». Il a dit : « Et puis dabord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. »
P. CAZAUX : … Et quand il ma crié « Je vous aime ! » jai cru défaillir.
Oui… mais de bons (quoique surponctueurs) auteurs préconiseraient plutôt ceci : […] Et, quand il ma crié « Je vous aime ! », jai cru défaillir.
Cas très différent de : « Je vous aime ! » hurla-t-elle. Je défaillis, ou peu sen fallut.
J. TOMBEUR : Blague (douteuse) à part, jaimerais mieux : Et jai cru défaillir lorsquelle ma crié : « Je vous aime ! » […]
La formule que jai lair de défendre est surponctuée (il me semble lavoir précisé), et je nai pas critiqué celle-ci : […] Et quand il ma crié « Je vous aime ! » jai cru défaillir. Jai simplement voulu illustrer le fait que la séquence point dexclamation-guillemet-virgule est envisageable, possible, correcte. Lourde si tu veux, mais correcte. Par ailleurs, je te signale que ta formulation est assez peu réaliste… En dépit des apparences, elle est beaucoup plus complexe que la mienne et met en œuvre une chronologie à rebours.
J. TOMBEUR : Bref, je crois profondément quil est possible dimaginer différentes modalités dexpression en jouant sur la ponctuation.
Cest certain. Encore faut-il connaître les règles du jeu. Pas de quiproquo ! Je ne dis pas quil faut nécessairement respecter les règles. Je pense même le contraire : connaître la règle du jeu est indispensable pour bien lenfreindre, pour bien tricher. Tu sais, la plupart des prétendues « modalités dexpression » sont de simples fautes. Surtout dans les textes où « expression » est un bien grand mot… cest-à-dire dans 99,999 % des textes.
J. TOMBEUR : Quant à imaginer que le lecteur les perçoive à lidentique, cest une tout autre histoire…
Il faut faire confiance aux lecteurs (il y a parmi eux des types assez fins). Cest des auteurs quil faut se méfier…
P. JALLON : En effet, je trouve peu élégant le schéma qui consisterait à écrire comme suit : « Phrase 1. Phrase 2. Phrase 3 » (Auteur, Référence).
Cest plus quinélégant… cest malencontreux.
Attention ! Ceci est correct : Blabla « blabla » (Référence).
Le pis, cest évidemment : « Blabla (Référence). »
La règle peut se résumer (bêtement) ainsi : « Blabla. » (Référence.) Blabla.
Les cas particuliers sont nombreux, mais aucun nest bien méchant.
Exemples : Blabla : « Blabla » (Référence), blabla. Blabla : « Blabla « bla » (Référence), blabla « bla » [Référence], blabla. » (Référence.)
Ces pinailleries formalistes sont finalement très soixante-huitardes… puisquelles visent à répondre au célèbre : « Doù tu parles, toi ? »
J. DRILLON : On devrait pouvoir écrire : Il a dit : « Je viens. » ! Ou : A-t-il dit : « Je viens. » ? Vœu pieux…
Vœu impie… Le chemin de la « logique graphique » est séduisant mais où nous conduira-t-il ? Je redoute ceci, qui répond me semble-t-il au même souci : « Je viens. » dit-il. Il a dit : « Je viens. » et il nest pas venu. Elle a dit « Je viens. » puis, se ravisant, « Non, pas encore. »
Je ne crois pas que les lecteurs aient besoin dun tel surcodage. Dans certains cas, le souci logique de lauteur est sans espoir. La double interrogation, par exemple, na pas à être impérativement signalée pour être perceptible. Comment ferait-on à loral ? Le problème orthotypographique est de bien choisir lemplacement du point dinterrogation.
Quand lambiguïté ne peut être levée que par une profusion hideuse et proprement « illogique » de signes de ponctuation, y a pas de mystère : la phrase est mal foutue, faut la récrire…
Je suis certain que nous sommes daccord sur ce point… Ne tripotons pas les conventions typographiques dans lunique dessein de fournir des béquilles aux maladroits.
P. JALLON : Patrick Cazaux a-t-il écrit « A-t-il dit : « Viendrai-je ? » ? » ?
Salaud ! tas été rapide sur ce coup… « Pas mieux », comme on dit dans un jeu à la con !
Bravo ! Je te pardonne tout, même lOUA !
Quand même… tu mexpliqueras un jour si ta marche est aussi assurée dans un titre en grandes caps, du genre : « LOUA DIT OUI ».
(Tas remarqué ? Cest un exemple où le point final est étrange…)
À Typographie, le 21 janvier 2001.
T. BOUCHE : Je viens de taper cette phrase : Je lis ailleurs que « les préoccupations de lassociation GUTenberg ont évolué du support aux utilisateurs de LaTeX vers une « évangélisation de XML ».
Je me pose des questions sur la place du point. Si javais utilisé le système “ ”, ça aurait donné ceci : Je lis ailleurs que « les préoccupations de lassociation GUTenberg ont évolué du support aux utilisateurs de LaTeX vers une “évangélisation de XML”. » Le point est à lintérieur du guillemet de premier niveau, mais à lextérieur du second.
Que doit-on faire quand on identifie les deux derniers guillemets, alors quils ne devraient pas être du même côté du point ?
À la Drillon ? « Évangélisation de XML ». » ?
Comme cela a déjà été dit (par Gilles Perez), le point final est à lextérieur des deux guillemets (séparés ou confondus…) dans ton exemple.
Passons donc directement au « système attribué à Drillon » et voyons où il nous conduit : « Que penser d’une phrase telle que « Je lis ailleurs que « les préoccupations de l’association Gutenberg ont évolué du support aux utilisateurs de LaTeX vers une « évangélisation de XML ». » ? » Des pratiquants ?
À Typographie, le 13 août 2001.
T. BARUCHEL : Ma femme se trouve confrontée au problème suivant (dans son travail de D.E.A.) : Machin a écrit ceci : « Ceci est une phrase complète. » (On la lit dans : Machin, Titre, p. 29 sq.). Ceci est une deuxième phrase.
Quil y ait trois points me choque.
Vous avez raison, il y en a un de trop… non parce quils sont trois… parce que lun deux est fautif : Machin a écrit : « Ceci est une phrase complète. » (On la lit dans : Machin, Titre, p. 29 sq.) Ceci est une deuxième phrase.
T. BARUCHEL : Le premier est mis car il fait partie de la citation (peut-on le supprimer, alors que la phrase est citée en entier ?).
Il ne faut surtout pas le supprimer.
T. BARUCHEL : Le second est obligatoire (abréviation).
Oui.
T. BARUCHEL : Le troisième est là, car cela me choquait de fermer une parenthèse et de tout de suite mettre une majuscule ; mais peut-être ai-je tort.
Oui, vous avez tort… (À dire vrai, ce qui me choque le plus, cest votre pédant « sq. »…)
D. WYART : Après réflexion, cela semble effectivement mieux, mais je ne saurais pas lexpliquer. Pourriez-vous détailler le pourquoi de la chose ? (Sil y en a un…)
Cest très simple, comme toujours en pareil cas.
1. Reprenez la formule que je déclare fautive…
2. Éliminez la parenthèse.
3. Observez la ponctuation que vous avez sous le nez.
(Je sais, certains amateurs de lourde redondance et de « logique » grammaticale préconisent ces atrocités…)
D. WYART : Évidemment, Drillon nexplique pas vraiment (il se base sur lhabitude), mais il dit (plus ou moins, car cette discussion dans son livre est très touffue) le contraire.
Drillon analyse admirablement la ponctuation, mais il ségare parfois quand il aborde les « conventions typographiques ». Peut-être sest-il abreuvé sans méfiance à des sources peu claires et peu sûres ?
D. WYART : Faut-il mettre « suivante » à la place ?
Trop long… au sein de références bibliographiques.
Éventuellement « et suiv. ». (Ici, la séquence . ». est légitime…)
D. WYART : Y a-t-il mieux ?
Oui, beaucoup mieux…
P. 24 sq. > p. 24, 25. P. 24 sqq. > p. 24-26.
(Ou… p. 24-36, ou… p. 24-43 ou…)
Ça prend à peine plus de place et cest plus précis… Le lecteur est content, il sait où on lenvoie…
Les « sq. » et les « sqq. » sont dodieux gris-gris de pédants-feignants…
III. Citation dune note dans un texte
À Typographie, le 13 août 2000.
A. HURTIG : Dans ce cas, je crois que je me contenterais de garder lappel de note, de faire un retour à la ligne et de composer la note avec le numéro de note au début, dans le même corps que la citation.
Dans un bouquin faisant, pour son propre compte, appel aux notes et à leurs appels… bordel en perspective, surtout si les appels sont similaires. De toute façon, les bonnes solutions dépendent de la nature de louvrage et de la fréquence de telles occurrences, et nous sommes ici dans le flou et même lignorance.
Dans bien des cas (si de telles occurrences sont rares ou, of course, uniques), le mieux sera déliminer lappel et de « rédiger » un ersatz férocement explicite, du genre : « Herbert Machin précise en note : “Patatipatata.” »
Au besoin, préciser quel terme de la citation est suivi de lappel.