Règles typographiques : de langue étrangère à Lune


Langue étrangère Allemand, Anglais.

« […] On peut ainsi analyser la voyelle contenue
dans le mot anglais “full” comme
. »
Otto J
ESPERSEN, la Syntaxe analytique.

Cet ouvrage est consacré à l’orthotypographie française… Les règles, les indications, les conseils relatifs à la composition des langues étrangères ne concernent donc que les fragments insérés dans des textes français.
Les traditions typographiques sont diverses : quiconque souhaite composer correctement un ouvrage dans une autre langue que le français doit consulter les codes typographiques idoines.


Latin Abréviation, Bibliographie, Etc., Incipit, Index.

« Sic transit, comme chantait Homère. »
Comœdia, 12 décembre 1910.

A fortiori, a posteriori, a priori.
Gouriou 1990 [à priori].

Ab initio, ad hoc, ad hominem, ad libitum, ad litteram, ad nominem, ad patres, ad vitam æternam, bis, casus belli, exeat, exequatur, grosso modo, ibidem, idem, in extenso, in extremis, in fine, infra, loco citato, minus habens, modus vivendi, numerus clausus, op. cit., passim, quater, sic, supra, ter, via, vice versa.


I. A priori :
a priori ? à-priori ?

À F.L.L.F., Alt.Culture.Cajun, du 1er au 2 septembre 1999.
D. B. : L’opposition aux réformes vient souvent d’une certaine ignorance.
Bien entendu…
Il se trouve que la réforme du Cons. sup. s’est intéressée au substantif « a priori »… qu’elle écrit « un apriori, des aprioris », sans accent, évidemment… Le retour de la locution « a priori » à la forme « à priori » est une proposition du Robert (cf. son Banc d’essai) consécutive aux travaux du Cons. sup., proposition que, jusqu’à ces derniers temps, cette maison d’édition n’a pas mise en œuvre, ce que je regrette.
La réforme « simplificatrice » dont on parle ici consisterait donc à passer d’une forme unique (substantif invariable et locution : « a priori ») à deux formes contradictoires : « à priori » et « apriori »…
Je n’ai rien contre les réformes, cher D. B. Je suis pour la graphie « à priori » (locution), parfaitement claire et française… et pour un substantif cohérent : un à-priori, des à-prioris (par exemple…) et je reste, par ignorance, fermement opposé à une réforme bâclée, démagogique, supercomplexifiantesque.
L. BENTZ : Dans le Petit Robert (éd. 1999), je trouve « a priori », mais « apriorique », « aprioriste » et non « a-priorique » ou « a-prioriste ».
Je le sais bien, ce n’est pas une nouveauté… et elle ne me choque pas (tant que « a priori » s’écrit ainsi, ce que je ne souhaite pas…). Vous semblez oublier que mon message portait sur le couple simplificateur « à priori, un apriori » et que ma proposition (un à-priori) n’est pas attribuable au Robert… Permettez-moi un autre petit rappel : en français, on écrit « à propos, un à-propos ; à peu près, un à-peu-près ; à pic, un à-pic »…
Souhaitez-vous, pour demeurer cohérent et fidèle à l’esprit de la réforme, écrire « un apropos, un apeuprès, un apic » ?
Voyez-vous le problème ? Et voyez-vous pourquoi le Cons. sup. s’est bien gardé de l’aborder, se contentant lâchement, piteusement, de proposer une rectification du substantif, pour le reste démerdez-vous ? L’adoption d’« à priori » (hautement souhaitable pour des raisons honnêtes) est aussi un piège mortel pour les rectificateurs…
L. BENTZ : [Pour Jouette] « A [À] priori » a une couleur d’expression (comme « à première vue »), mais la substantivation n’interdit pas l’agglutination.
Elle est bonne, monsieur Jouette… On agglutine quoi ? « a priori » ou « à priori » ? Ces crochets sont d’un pratique…

À F.L.L.F., du 19 au 20 octobre 2000.
L. BENTZ : Ceux qui tiennent à la formule latine (« a » sans accent) devraient alors, comme il sied selon la Sainte Écriture (le Lexique de l’I.N.) utiliser l’italique (ou le romain dans un texte en italique).
Sur ce point, l’Hyène est à côté de ses pompes et fait preuve d’une rigidité à la fois excessive et… approximative. Observez ses deux listes. Elles associent deux critères de natures très différentes et dont un seul est explicite. Conséquence : le bordel…
La seconde (romain) regroupe « des expressions latines passées dans le langage courant » et ne compte que des substantifs, mais des substantifs dont le « degré de francisation » est loin d’être identique. Personne ne s’amusera à composer « référendum », « visa » ou « minus » en ital… mais « minus habens » ? Quant à l’entrée de « exequatur » dans le langage courant…
La première (italique) regrouperait des « locutions latines non francisées ». Soit, mais… en français, elle regroupe des locutions (ad hoc, in extenso) et, surprise, deux substantifs (modus vivendi, statu quo)… Ce qui nous amène à « a priori » (qui est à la fois une locution et un substantif) et au Cons. sup. de la française langue… […]
État des lieux…
Sont indiscutablement corrects : a priori, un a priori (en ital ou en romain, les deux sont défendables…).
Devrait être admis comme correct : à priori (en romain… mais que devient le substantif ?). À la rigueur (Cons. sup…), mais autant oublier : un apriori (en romain… mais que devient la locution ?) Dans le Banc d’essai nous avons droit à « apriori » et à « à postériori »…
Il serait si simple de former un beau couple (en romain), « à priori, un à-priori », sur le modèle de « à propos, un à-propos », « à peu près, un à-peu-près », « à pic, un à-pic ». Hélas, le trait d’union n’est pas en odeur de sainteté chez les rectificateurs phobiques, dont l’une des manies me semble être la démotivation du lexique. On me dira… que deviendraient « apriorisme » et les très utiles (pour ceux qui renoncent aux beautés des locutions adjectives…) « apriorique » et « aprioriste » ? Facile : « à-priorisme », etc. Facile, mais, à vue de nez, pas pour demain…
B. LOMBART : Séduisant, mais l’accent fait perdre ici l’étymologie…
Oui, et ce n’est pas un mal…
B. LOMBART : … ou plutôt introduit une étymologie erronée… (« a » et « ad » ont des sens contraires…).
En latin. Ici, en « latin du XVIIe »… En français, je suis prêt à vous parier un paquet de Gitanes sans filtre qu’au bas mot et à vue de nez 99 % des locuteurs perçoivent ce « a » comme notre préposition « à »… Ils ont bien entendu tort, mais je ne leur donne pas tort…
B. LOMBART : Bref, je trouve votre argument analogique un peu voyou.
Ma jeunesse me rattrape…
D. LIÉGEOIS : C’est un a priori qui tomberait peut-être si seulement les gens songeaient plus souvent à l’immense intérêt du raisonnement ab absurdo.
Il serait encore plus facile de le faire tomber avec un raisonnement a contrario… car ici la pose subreptice d’un accent grave serait grotesque, contresensique, n’ayons pas peur des mots, crapuleuse… Mais faut-il le faire tomber ?
A contrario est une locution dont l’emploi justifié — oublions ceux qui en font un synonyme chicos de « au contraire »… — est rare, spécialisé, quasi jargonnesque. Et dont le caractère « latin » ou, au minimum, « non français pur sucre » est une évidence pour tous ceux (ou presque…) qui l’emploient, le lisent ou l’entendent.
Ce n’est évidemment pas le cas de « a priori », qui est une locution et un substantif très couramment employés en français. Pour la plupart des locuteurs d’aujourd’hui, « a priori »… c’est « du français » (ils ont raison), certainement pas « du latin » (ils se gourent, mais, franchement, quelle importance ?). Pour eux, le sens est évident, ici, « a = à », comme dans « à l’avance », et ça fonctionne très bien, en français… Dire qu’ils font un contresens n’aurait dès lors guère de sens.


II. A posteriori :
un médium, des médias…

À France-Langue, le 8 octobre 1997.
H. LANDROIT : Je voulais simplement faire remarquer que la nouvelle orthographe propose effectivement « multimédia » et « multimédias » ainsi que « apriori » et « aprioris » du moins lorsqu’ils sont utilisés comme noms.
Hum… « Multimédias » est parfait et doit être adopté avec enthousiasme ! mais « apriori » (substantif) est si discutable qu’il n’a pas encore été adopté par les lexicographes (Larousse, Robert).

À F.L.L.F., le 23 mars 2000.
J.-V. GRUAT : … média, hélas, comme déjà suggéré. Hélas, car il s’agit d’une barbarie linguistique.
Barbarie ? Que non ! Il s’agit d’une belle francisation d’un pénible anglo-latinisme, bref, d’une manifestation de la plus haute culture ! Laissez les langues mortes enterrer leurs morts.
Un média, des médias.
Un médium, des médiums.


Latitude, longitude Point cardinal


Légende

Texte accompagnant une illustration (dessin, photographie, etc.) ou un tableau.
Liste explicative des signes conventionnels employés sur un plan, une carte, un tableau.


À Typographie, le 16 juillet 1999.
J. ANDRÉ : On dit souvent que les légendes des figures se mettent sous celles-ci alors que celles des tableaux se mettent au-dessus.
Es-tu certain de ne pas confondre titre et légende externe ? Une légende (externe) de figure se place où l’on veut, en haut, en bas, à droite, à gauche, selon la nature de la mise en pages, mais il est vrai que c’est en bas que se situe généralement son meilleur emplacement. Un titre de tableau (non « graphique ») se place en haut, comme tous les titres… L’éventuelle légende externe se situe sous le tableau. Bien entendu, il y a des cas particuliers (titre suivi « organiquement » d’une légende externe…) qui rendent parfois impossible une nette distinction entre titre et légende externe…


Légion Armée.

La Légion arabe, la Légion étrangère, la Légion.
La Légion d’honneur, l’ordre de la Légion d’honneur.
La légion Condor.


Lettre

Lettres courtes : a c e m n o r s u v w x z.
Lettres longues du haut : b d f h i k l t.
Lettres longues du bas : g p q y.
Lettres longues du haut et du bas : j f.
Les capitales, à l’exception de certains J et de la plupart des Q, ont une hauteur unique :



Dissymétrie des caractères

À Typographie, le 8 février 1998.
La symétrie n’est pas une qualité typographique… on ne la rencontre que dans la mise en pages (pages en regard, grands titres *) et dans des linéales extrémistes… Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, elle est heureusement absente… et quand elle se présente, on fait tout pour l’éliminer… Non sans raison.
* Ou dans les inscriptions lapidaires, sur les pierres tombales ou les monuments… ou, comme de bien entendu, dans les typographies architecturales (colophons…), morbides (dédicaces pompeuses…), ludiques (calligrammes) ou nulles (cartes de visite, menus de première communion…).
Dans la plupart des polices en romain, les lettres prétendument symétriques (A H I M O T U V W X Y, i o uv w x) le sont rarement (I, éventuellement O), sauf à n’y voir que des squelettes… Des générations de graveurs ont insufflé la vie à ces formes. Seuls quelques signes échappent à la dissymétrie vivifiante (point, point d’exclamation, points de suspension, astérisque, tiret, plus, moins, etc.). Beaucoup peuvent être considérés comme des « arrêts », des pauses dans le mouvement général du Verbe… D’autant que notre obèle (croix mortuaire) appartient aussi au club très fermé des signes parfaitement symétriques. Ce n’est sans doute pas un hasard…
La typographie n’est pas l’architecture (sauf, encore une fois, dans la mise en pages), elle n’organise pas l’immobilité mais le mouvement, celui de la lecture, qui a un sens… La dissymétrie subtile (et non l’asymétrie, faut rien exagérer…) est indispensable, sauf pour ceux qui confondent les lettres, les mots et les phrases avec des images (encore que les plus belles ne soient pas symétriques)… Ils sont hélas nombreux de nos jours…


Lettrine Alinéa, Madame, mademoiselle, monsieur.

Naguère, ce mot désignait soit une lettre italique servant de renvoi ou d’appel de note, soit une lettre ornée, placée au commencement d’un chapitre (édition) ou d’un article (presse), à l’imitation des lettres capitulaires des manuscrits enluminés. Dans le même emploi, les lettres non ornées étaient des initiales (caractères sans bas de casse), des lettres montantes (alignées sur la première ligne) ou des lettres de deux points (initiales sans talus, alignées sur la deuxième ligne et ayant une force de corps double de celle du caractère employé, ce qui évitait le parangonnage).

Aujourd’hui, on appelle lettrine toute lettre d’un corps supérieur à celui du texte courant, placée au commencement d’un chapitre (édition), d’un article, voire d’un paragraphe (presse).

 


I. Lettrines et guillemets

À Fr.Comp.Pao, F.L.LF., le 24 juillet 2000.
Qu’est-ce qu’une « lettrine » ? Une lettre. Grande découverte… La tradition, qui n’a pas toujours tort, est de composer tous les signes qui précèdent et suivent la lettrine (habillée) dans le corps du texte (sans oublier les petites caps des signes qui la suivent).
Vous me direz, la tradition, on n’en a rien à branler. Oc, oc, mais alors pourquoi employer des lettrines, formes traditionnelles s’il en est ? Pour jouer avec la tradition, la détourner, l’enrichir et toutes ces sortes de choses passionnantes ? D’accord, mais avant de jouer, mieux vaut connaître les règles du jeu.
Si vous dites « guille ouvrant dans le corps de la lettrine parce que c’est plus chouette », que ferez-vous, pour rester cohérent et fidèle à votre parti « esthétique », avec un tel début de chapitre : « … C’est la sueur des sèves en exil », écrit Saint-John Perse dans Images à Crusoé ? Guillemet ouvrant, espace, points de suspension, espace, C cap et apostrophe dans le corps de la lettrine ?
Il est vrai que l’exemple est vicieux et que l’on n’a pas tous les jours l’occasion de composer des textes où l’on cite Saint-John Perse et ses points de suspension initiaux, ce qui est bien dommage. C’était juste pour illustrer le propos… Plutôt que de se demander : qu’est-ce que je fous avec les guillemets ou l’apostrophe en contact avec une lettrine (comme si c’étaient les seuls cas particuliers…), mieux vaut s’interroger sur le statut des lettrines et sur les raisons qui nous poussent à les utiliser, le plus souvent n’importe comment et n’importe où…
Le monde réel malmène les grands principes, c’est ce qui fait une partie de son charme. Je ne tiens pas mes comptes à jour, mais disons qu’une fois sur deux je ne peux obtenir des maquettistes qu’ils composent correctement les lettrines. « Trop compliqué ! Les logiciels de mise en pages ont une “gestion” rustique des lettrines ! » Parfois, j’insiste, parfois non (il est des cas désespérés où se vérifie l’adage selon lequel le mieux est l’ennemi du bien…). Selon les cas et d’après mes performances personnelles, de trente secondes à deux minutes pour régler finement chaque lettrine ne me semblent pourtant pas des temps rédhibitoires, sauf si l’on s’amuse à foutre des lettrines partout… mais, à dire vrai, tout cela n’a guère d’importance…


II. Petites capitales,
débord à gauche, etc.

À Typographie, le 9 novembre 1999.
J. ANDRÉ : Je viens de voir que ton ami Perrousseaux en parle en quatre pages bien illustrées dans son Mise en page et impression, et ce qu’il y raconte me va fort bien !
Pas à moi… […]
Un exemple… Pour « justifier » son parti (pas de retrait au premier paragraphe), il ose écrire ceci : « Il provient de l’écriture manuscrite des secrétariats d’avant les machines à écrire, du temps où l’on était “employé aux écritures”. La dactylographie a suivi, ce qui se comprend. À ne pas faire en typographie. »
Alors… de deux choses l’une… soit il n’a jamais ouvert un livre antérieur aux temps qu’il évoque, soit il raconte sciemment n’importe quoi. Je vais te dire… Y en a marre de ces explications à la mords-moi-le-nœud… Dès qu’on ne comprend pas une caractéristique typographique, miracle, c’est la faute aux secrétaires ! Et si ce n’est toi, c’est donc ton père, le gratte-papier ! Bon sang ! mais c’est bien sûr ! Les compositeurs sont formés chez Pigier depuis plusieurs siècles ! (Prière de ne pas me renvoyer dans le nez l’influence considérable des copistes sur les premiers typographes, cela n’a rien à voir et cela n’est pas ce que Perrousseaux croit pouvoir dénoncer ici.)
Tiens, une autre, pas piquée des vers : « Ce qui veut dire que le premier paragraphe (qu’il soit orné d’une lettrine ou non) débute justifié à gauche car il n’offre aucune ambiguïté de compréhension. » Elle est bonne… Sûr et certain, le lecteur n’est pas con au point de ne pas reconnaître le premier paragraphe. Si on lui offre parfois une lettrine, c’est sans doute que l’on craint de tomber sur un quidam particulièrement borné ou inattentif… Ah ! j’oubliais, une lettrine… c’est pour faire joli…
Alors, supprimons la majuscule initiale des premiers paragraphes ! Pas d’ambiguïté ! On n’est pas idiots ! On voit bien, oui, très distinctement même, qu’il n’y a pas de phrase avant la première phrase… À pleurer.

À Typographie, le 3 décembre 1999.
O. RANDIER : S’il n’y a pas de lettrine, il n’y a pas lieu d’utiliser les petites capitales dans ce cas.
Pas tout à fait d’accord. La (bonne) typographie anglaise ne se prive pas de cette possibilité. Elle a bien raison.
O. RANDIER : La fonction (?) des petites caps est d’assurer une transition visuelle entre la lettrine en grande cap et la suite du texte en bas de casse.
C’est exact, mais en l’absence de lettrine rien n’interdit de continuer à faire jouer aux petites caps un de leurs rôles, celui de seuil solennel, d’entrée majestueuse (ou d’hôtesses d’accueil…). Leur intervention suffit à donner à la grande cap « ordinaire » qui les précède un air de lettrine.
O. RANDIER : Et pourquoi ne pas mettre d’alinéa au premier paragraphe ?
Précisément… cette pratique n’a de sens que dans les premiers paragraphes sans retrait d’alinéa. Sinon, tu as raison, ce serait complètement débile.

À Typographie, le 5 novembre 2000.
A. HURTIG : Lettrines, petites et grandes capitales : c’est la deuxième fois que j’utilise un système découvert dans un ouvrage du XVIIe ou XVIIIe siècle : après la lettrine, mettre une grande capitale puis continuer avec des petites capitales le mot ou le groupe de mots qui suivent.
Tu veux une caution ? Voici ce qu’écrit Fertel (1723) : « La Lettre qui suit immédiatement la Lettre de deux points, doit être de grande capitale, & le reste du mot en bas de Casse, & pour un plus bel ornement, on peut le faire de petit capital. » Le plus souvent, Fertel applique à la lettre son conseil.
A. HURTIG : Il semble que ça a été une pratique très courante, peu à peu tombée en désuétude.
Oui, heureusement tombée en désuétude… Les petites caps suffisent amplement…
A. HURTIG : Je trouve ça joli et marrant.
Je trouve ça ignoble et consternant !
A. HURTIG : Ça fait enrager (je ne sais pas pourquoi) certains de mes copains, participants de la liste Typographie.
Probablement parce que tes copains ont bon goût…
A. HURTIG : Je remercie Jean-Pierre Lacroux, qui réprouve le procédé, de m’avoir amicalement fourni la citation de Fertel.

À F.L.L.F., le 14 janvier 2002.
M. GUILLOU : Pour revenir un instant sur ton commentaire, tu signales l’alignement de la lettrine à gauche avec les pointes des empattements qui auraient pu être en marge.
Pas « pu », « dû »… Légèrement, s’entend.

À Typographie, le 13 janvier 2002.
A. HURTIG : Le Monde d’hier daté d’aujourd’hui consacre un long dossier à sa nouvelle formule.
Dès le premier paragraphe, les ravages du typographisme et de l’inculture typographique sont patents. Belle collection d’horreurs qui pourrait être utile dans un cours pour débutants.
L’hypertrophie de la lettrine — quelle beauté ! elle occupe visuellement la moitié de la justif, de l’étroite justif ! Sens des proportions harmonieuses ! — engendre bien des joyeusetés.
Passons sur le fait que la pointe de ses empattements est en retrait au lieu d’être en léger débord, passons sur le fait (aujourd’hui fréquent) que la première ligne est dans l’alignement des suivantes et admirons les deux coupes successives devant une syllabe muette finale (la seconde est une cumularde : « xe », c’est du grand art !), admirons surtout que cette audace dans les coupes se soit arrêtée devant « retrouverez »… afin de sauvegarder la belle expressivité du petit blanc qui sépare « que » de « vous ».
Pour les plus typographes d’entre nous, restent des subtilités comme l’interlettrage très savant de « a f f i r mation »… Les mecs qui composent le français sur une justif réduite volontairement à quinze signes par ligne sont indubitablement géniaux.


Lézarde Gris.

Rencontre fortuite de plusieurs espaces-mots situées sur des lignes successives. Il se forme alors une ligne blanche, verticale ou oblique, sinueuse ou rectiligne. Des espaces-mots fortes, associées à des valeurs d’interlignage et d’approche faibles, nulles ou négatives, favorisent l’apparition de ces balafres et accentuent leur effet désastreux.
On dit également : coup de sabre, rue, cheminée (ligne quasi verticale et quasi rectiligne).


Des lézardes volontaires

À Typographie, le 6 octobre 1998.
Cher A. H., […] tu as écrit : « Je laisse les lézardes en place, trop content quand elles sont belles et grandes, et que le regard dégouline dedans. » Très intéressant ! À ma connaissance (il est vrai limitée), les lézardes, ruelles et autres cheminées sont peu exploitées. Quelqu’un connaît-il des exemples d’immenses lézardes volontaires ? Pas trop anecdotiques, plutôt dans le genre abstraction lyrique… Tu vois ce que je veux dire ? Des pavés dont la couleur (la robe ?) serait plus proche de celle du zèbre (du tigre, voire plus modestement de l’okapi) que de celle de l’âne gris ou du chartreux…
T. BOUCHE : En restant très anecdotique, je suppose que les livres cuttérisés de Vachey ne répondent pas vraiment à ta question… Mais, que dire des pavés lacérés ou estropiés de Fuzzy sets de Claude Ollier ?
Y a pas de lézard(e).
T. BOUCHE : Sinon je réalisais récemment à quel point mes lectures de jeunesse (essentiellement le Livre de poche, je présume) avaient été guidées par ses coulures, et à quel point elles étaient fréquentes.
… Mais tristement involontaires… Moi, je cherche du reptile maîtrisé, domestiqué ! (Saurie, J. A., pour cet humour de café.) Problème technique… Seul un « auteur-compositeur » peut obtenir une belle lézarde expressive, à la fois volontaire et typographiquement « plausible ».
T. BOUCHE : On a beau critiquer l’informatique, il me semble que la situation s’est améliorée au point de provoquer ce désir (pervers, forcément pervers, j’y insiste !) de lézardes chez d’aucuns.
Cette nostalgie de l’accident n’épargne personne, pas même les dessinateurs de caractères.
C’est là que réside la grande perversité… S’il est vrai (à mon sens…) que l’évolution des techniques (compo, impression, papier, etc.) engendre des documents plats, sans saveur, peu sensuels, tristounets, aseptisés (du moins pour les vieux connards comme moi qui en sont encore, certains soirs, à regretter de subtils foulages ou des lignes à l’occasion dansantes…), je ne crois pas que la vie soit à chercher en priorité dans les accidents d’hier…
J. ANDRÉ : Il y en a une de splendide, c’est celle que Richaudeau montre dans son bouquin Manuel de typographie et de mise en page (p. 129) où il a manifestement pris un texte quelconque et où il a forcé des blancs à y apparaître pour former une lézarde tellement grossière qu’évidemment personne n’est dupe, qu’elle n’est pas « plausible », comme tu dis !
Oui… cette lézarde n’en est pas une… c’est une pitrerie, une supercherie pour gogos.
Elle est néanmoins intéressante… puisqu’elle témoigne de la difficulté (pour qui ne souhaite pas en faire trop…) d’obtenir aujourd’hui une vraie lézarde (avec une police à chasse proportionnelle et un logiciel qui impose ligne à ligne ses calculs de l’espace justifiante)…
J. ANDRÉ : Mais en forçant effectivement un texte, on pourrait faire plein de lézardes, faire un zèbre par exemple !
Oui, mais c’est pas d’jeu… Ce que la remarque d’Alain H. m’a donné l’envie de débusquer, c’est une belle balafre volontaire et, comme tu l’as noté, « typographiquement plausible », c’est-à-dire constituée d’espaces « correctes »… Une sorte de signature de Zorro, une fissure inquiétante, une crevasse qui déchire intégralement ou partiellement le pavé avec naturel, sans raideur mécanique… C’est probablement plus un problème d’écriture que de compo.


Ligature Accentuation, Crénage.


D’autres pénibles rencontres n’ont jamais engendré de ligature (Gutenberg 1995). C’est par exemple le cas du couple… Jadis, on jetait une espace d’un point entre ces deux lettres. Rien n’interdit de perpétuer cette saine pratique.


I. Digrammes (a-e, O-E, IJ, ch…)
et « ligatures soudées »

À Typographie, le 31 août 1998.
B. LERAILLEZ : Donc, pour les digrammes…
Un peu de pinaillage…
Digramme : deux lettres pour un seul son… Les ligatures et sont effectivement des « digrammes », mais je crois qu’il faut employer ce terme avec prudence et éviter de mélanger les « plans ».
D’abord, comme vous le faites, il faut toujours préciser « digramme soudé »… car, par exemple, dans fleur il y a éventuellement une ligature mais il y a nécessairement un digramme (non soudé…) : eu
Ensuite, dans œufs, il y a une ligature (ou digramme soudé…) , mais il y a aussi un pentagramme…
Enfin… et surtout… prenez une police comme le Poetica : vous y trouverez une ligature Ch : … or, cette ligature est également un digramme… donc, ici, un digramme « soudé »…
Voilà pourquoi je préfère la distinction traditionnelle entre ligatures « linguistiques ou orthographiques » (œ, æ) et ligatures « esthétiques ou typographiques » (, , , etc.).
(On pourrait ajouter un autre fait… qui ne concerne pas les ligatures françaises : en néerlandais, ij est une ligature « linguistique »… or, ce n’est pas un digramme…)

À F.L.L.F., le 31 août 2000.
F. MOLINA : Dans d’autres langues — et peut-être aussi en français— on distingue les ligatures esthétiques (par exemple fi).
, , , , sont des ligatures techniques, motivées par le crénage (au sens précis de ce terme en composition chaude). Les critères esthétiques n’expliquent rien ici.
En revanche, est une ligature « esthétique ».
F. MOLINA : Et les digraphes, ou digrammes (en anglais) tels que ,  ; en Italie on préfère dire monogramme, comme pour les initiales, ce qui semble plus approprié : en français le digramme est le groupe de deux lettres transcrivant un seul son, tel « ou » pour u.
C’est pourquoi, dans mon jargon imprécis, et sont des « digrammes soudés » ou des ligatures orthographiques. Jacques André et Yannis Haralambous parlent aussi de ligatures linguistiques, mais ce qualificatif me pompe l’air…
J. ANDRÉ : Mais je ne sais pas si ce que tu appelles ligatures orthographiques montre bien la spécificité d’une langue donnée… ( français, néerlandais, breton, etc.).
À mon sens, le néerlandais n’est pas un véritable digramme (deux lettres, certes, mais aussi deux sons)… et — navré pour cette coordination absurde, mais elle me fait rire… — il n’est pas soudé… du moins physiquement (car si « soudé » est compris comme « insécable » ou « composé de deux signes inséparables », tous les digrammes sont « soudés »…). Ce n’est donc pas davantage une ligature, au sens strict et typographique du terme. Sa particularité est pourtant de réagir comme un digramme soudé en tête des noms propres : dipe dans l’sselmeer. C’est une bizarrerie charmante, je l’aime bien.
Quant au et au bretons… je te fais confiance ! mais, là encore, je ne vois pas pourquoi il faudrait les appeler « ligatures ».

À F.L.L.F., le 1er décembre 2000.
T. BOUCHE : D’où le barbarisme inventé par l’ISO (« digramme soudé »).
Ce n’est pas un barbarisme, mais une expression épatante, très claire, que j’emploie avec plaisir et conviction… , sont à la fois des ligatures et des digrammes. D’où l’excellente idée de les nommer, à l’occasion, « digrammes soudés », histoire de faire d’une pierre deux coups.
« Ligature » décrit le lien graphique, la soudure physique, mais toutes les ligatures ne sont pas des digrammes (…), et la quasi-totalité des digrammes ne sont pas des ligatures (ph, on, an, in, ou, etc.).
T. BOUCHE : Il existe des digrammes dessoudés dans d’autres langues…
Ce qui n’a jamais été soudé n’a pas à être dessoudé…
T. BOUCHE : … où ils se comportent comme une lettre unique (impossible de les diviser en fin de ligne, p. ex.) : en flamand, en espagnol, etc.
Aucun digramme, quelle que soit sa nature, ne peut être divisé en fin de ligne… Le français n’est pas plus divisible que ses confrères… Quant au néerlandais, c’est une ligature, mais ce n’est pas un digramme…
T. BOUCHE : Pourquoi pas liés ou ligaturés, alors ?
« Lié », je n’aime pas trop, mais « ligaturé » est très bien !
T. BOUCHE : J’entrevois ce que tu veux dire : est une diphtongue, c’est ça ?
À proprement parler, non, car il y a une semi-consonne dans le coup… Va pour une « sorte de diphtongue »…
T. BOUCHE : Mais est-ce vraiment une ligature, puisque rien ne lie i et j… Alors… ?
Alors… cette étrange chose, qui n’est ni un digramme ni une honnête ligature, réagit comme un digramme ligaturé ( > )… Alors… puisque ce n’est certainement pas un digramme, autant l’appeler ligature… c’est moins faux… c’est même quasiment vrai…


II. Ligatures esthétiques,
ligatures techniques

À Typographie, du 27 au 28 mai 1998.
A. HURTIG : Mon fils Martin (huit ans) a inventé ce matin « une nouvelle lettre ». Il s’agit de ligaturer le F et le L… Remarque : les capitales se ligaturent peu, voire pas du tout, et on se demande pourquoi (à l’exception des ligatures linguistiques, of course).
À mon avis, en compo ordinaire, deux caps qui se suivent, c’est plutôt rare, sauf dans les acronymes, les salauds, et, surtout, sauf si on compose en tout cap et alors là, y a intérêt à pouvoir jouer un peu sur l’interlettrage, par conséquent, des ligatures non linguistiques limiteraient la marge de manœuvre. Le problème se pose moins avec les petites caps.
A. HURTIG : On voit que des ligatures intelligentes sur les capitales donnent une vie au mot, les lettres se croisent, s’entrechoquent, se marient. On dirait presque de la calligraphie, et si le dessin est intelligemment fait, l’œil se met à voler au-dessus de la ligne, rendant la lecture très agréable (et mystérieuse en même temps).
Oui… on dirait presque de la calligraphie… et c’est sans doute pour cela que je ne suis pas vraiment preneur… Attention ! j’exprime juste mon goût… je ne tiens pas à lancer un débat sur les relations entre calligraphie et typographie, encore moins sur la nostalgie…
Si, juste un mot.
Parmi les polices modernes qui disposent d’un grand nombre de capitales ligaturées figurent les linéales géométriques, par exemple l’Avant-Garde (et ses divers clones). Faut bien compenser : quand on déshabille les caps, faut bien restituer un peu de chaleur.
A. HURTIG : Évidemment, ça ne peut être utilisé que pour un slogan, une couverture de livre, une affiche, bref de la typo artistique (ou se voulant telle).
C’est pourquoi je parlais de compo « ordinaire ». Les compos « graphiques », c’est une autre affaire. Ici, on peut ligaturer à tour de bras. On peut même composer une page de titre ou une affiche comme une succession de logotypes, voire comme un unique logotype. C’est sans doute encore de la typographie mais ce n’est plus exactement de la composition typographique.
T. BOUCHE : Pas d’accord (ouf !). Le plomb est mort (même la distinction photocompo/phototitrage), il y a un continuum entre la typo d’affiche et celle de texte : jusqu’à quel point un texte, pour être bien composé, ne devrait-il pas être une vaste ligature ?
Que le plomb soit mort en tant que technique, c’est sûr. Pour autant, son héritage est là, considérable, massif, difficilement ébranlable dans son ensemble. On peut l’égratigner sur ses marges, le réduire ou le modifier peu à peu, c’est souhaitable, et il serait dramatique de considérer que les techniques nouvelles n’introduisent pas des possibilités nouvelles… mais je crois qu’il est abusif de considérer que l’absence de lien entre les lettres nous a été imposée par le plomb…
Ça remonte plus haut, ça remonte même à la naissance de l’alphabet. Ce n’est pas le plomb qui a séparé les lettres, je crois même que c’est l’inverse : c’est parce qu’elles étaient séparées qu’un Strasbourgeois né à Mayence a inventé les caractères mobiles en métal… L’écriture a évidemment très tôt engendré des ligatures, la main la plus précise a parfois besoin de confort, il est normal qu’elle se laisse aller à son propre mouvement, mais est-il prouvé que l’œil y gagne quelque chose ?
Sans surestimer le risque de régression (je n’y crois guère…), il est légitime de penser qu’il y a une petite contradiction entre la géniale invention de l’alphabet et la liaison à outrance, ou, si l’on veut… entre la lettre et le logotype généralisé…
T. BOUCHE : Je tiens tout de même à préciser que, quand j’ai parlé de ligature (généralisée), je ne pensais pas forcément à des liaisons de lettres, mais à des combinaisons spécifiques de lettres. Ma réflexion portait sur la micro-typo : un logotype est bien souvent simplement un mot composé d’une façon et d’une seule (police, graisse, espacement), il n’y a pas nécessairement modification de la forme des lettres […], et encore moins de ligatures au sens de liaisons cursives.
Bref, je voulais dire que, pour améliorer insensiblement la qualité (et l’invisibilité) d’une page de texte, on peut imaginer que le contexte influe sur la forme et l’espacement de chaque lettre différemment à chaque occurrence de cette lettre, la page entière réagissant de façon dynamique à son contenu, pas seulement comme de nos jours deux lettres consécutives. […]
Je ne désire donc pas revenir à une écriture manuscrite cursive simulée et illisible, mais plutôt aller au-delà de Gutenberg (qui, soit dit en passant, utilisait beaucoup de ligatures préfabriquées, de chasses variables, qui lui permettaient dans une certaine mesure de justifier par les noirs).
Pas moins que la précédente… mais, comme elle ne dit pas la même chose (les ligatures ont cédé du terrain à l’approche…), il se trouve que cette fois je suis d’accord avec ce que tu viens d’écrire…

À F.L.L.F., le 1er décembre 2000.
J. ANDRÉ : C’est amusant : si on regarde le cousin (germain ou latin ?) de , le qui a droit à Iso Latin-1, on ne parle jamais, à ma connaissance, de a dans l’e, ni du contraire.
« L, a, e dans l’a, t, i, t, i, a… »
J. ANDRÉ : Essayez de coller (ligaturer ?) A et E pour faire la ligature capitale Æ, ça colle pas vraiment !
Comprends pas… Une ligature impose presque toujours une déformation, une modification du dessin (ton exemple du est parfois valide en caps, non en b. d. c…). Prends un f et un i, rapproche-les… tu n’auras pas une ligature, mais une approche foireuse… Je ne vois donc pas où est la spécificité du


Ligne creuse Cadratin.

Ligne creuse : ligne qui n’emplit pas entièrement la justification.
Ligne perdue : ligne de texte placée entre deux lignes de blanc.
Ligne pleine : ligne qui occupe toute la justification.
Ligne pointée : ligne formée de points, destinée à remplacer un passage omis.


Typographie soignée

La dernière ligne de chaque alinéa est le plus souvent creuse : elle n’emplit pas entièrement la justification. Si le blanc restant est inférieur au cadratin (carré blanc de la force du corps), il est horriblement mesquin et perturbe l’alignement de droite. Tous les typographes s’accordent sur ce point, non sur le remède. Il faut chasser, mais où ? et pour obtenir quoi ?
Le plus simple consiste à jeter du blanc sur la seule dernière ligne, afin de la rendre pleine. Avantage : aucune répercussion sur la suite de la composition. Inconvénient : pour respecter une règle, on en bafoue une autre… car la belle typographie n’admet pas davantage les dernières lignes pleines en fin d’alinéa dans les compositions en alinéa… En outre, si l’on est contraint de jeter beaucoup de blanc, l’espacement de la dernière ligne ruinera le gris typographique, conséquence plus désastreuse qu’un léger défaut d’alignement à droite.
Il faut donc chasser sur plusieurs lignes, afin de créer une nouvelle ligne, franchement creuse, en priant pour que cette modification n’entraîne pas de conséquences fâcheuses un peu plus loin.
Si la chasse est infructueuse ou engendre un défaut d’espacement, on peut éventuellement tenter de gagner sur plusieurs lignes afin de raccourcir la dernière. Si à ce jeu l’on n’a rien à gagner, on se rabattra sur la ligne pleine…


Veuves et orphelines

La typographie ne défend pas la veuve et l’orphelin.
Elle les condamne vigoureusement.
Veuves et orphelines sont bien sûr admises dans les dialogues…


I. Veuves du haut ou veuves du bas ?

À Typographie, le 12 mai 1997.
T. BOUCHE : Pourquoi l’orphelin est-il un garçon et la veuve n’est pas un veuf ? Les veuves ne sont-elles pas les femmes mariées qui ont l’avenir le plus ouvert ?
Pour orphan et widow, ça vient de leur traditionnelle défense… D’ailleurs, en anglais, orphan désigne aussi bien une orpheline (Little Orphan Annie…).
Chez nous, puisqu’il s’agit de lignes, veuve et orpheline ont un très bon genre… On imagine mal une ligne veuf ou orphelin.

À Typographie, le 22 mai 1998.
J. MELOT : Le fait que le dernier mot — supposé court — ou la dernière syllabe du dernier mot d’un alinéa se trouve renvoyé à la ligne est largement de même nature (du point de vue de la qualité de la mise en page), et pourrait être également qualifié d’orphelin dàns un sens un peu élargi, à cela près que dans ce cas il n’y a pas association à une notion de veuve… Sauf, précisément, lorsqu’il se produit lors d’un passage à la page suivante, auquel cas les deux notions se confondent.
Justement non… Vous confondez (comme le Ramat…) les lignes creuses, les veuves et les orphelines… La notion de ligne creuse (qui implique d’autres contraintes) recouvre partiellement celle de ligne veuve mais certainement pas celle de ligne orpheline, qui, dans le cas d’un début d’alinéa d’au moins deux lignes, est nécessairement pleine (moins l’éventuel retrait d’alinéa…).
Pour avoir au moins une ligne « fautive » (creuse ou non), il faut des alinéas d’au moins deux lignes (qui peuvent engendrer le top du fin du fin : une orpheline suivie d’une veuve…).
Une brève ligne de dialogue, même très courte (un ou deux mots…), peut se retrouver en tête ou en bas de page, elle ne sera pas pour autant qualifiée de « veuve » ou d’« orpheline ». Heureusement… Si l’on veut pousser un peu le taxinomètre, on pourra diviser les deux espèces en deux sous-espèces, les unes simplement non comestibles (orphelines paires et veuves impaires), les autres vénéneuses, voire mortelles (orphelines impaires, veuves paires)…

À Typographie, du 31 mars au 23 avril 1999.
J. ANDRÉ : Le Webster se plante car il manque dans chaque définition quelque chose comme : « That is alone on the bottom/top of a page. »
Je ne suis pas sûr qu’il se plante. Il dit en tout cas la même chose que le Bringhurst… […]
1. En français le féminin « orpheline » est une évidence (ligne veuve, ligne orpheline).
2. Même si les objections de J. Melot sont valides, l’adoption de ces termes (avec des acceptions précises et fixes) n’est pas une mauvaise idée… car ils sont déjà employés (par exemple dans les logiciels) plus ou moins indistinctement. Nous aurions pu nous en passer, mais il faut bien de temps en temps tenir compte de la réalité : les veuves et les orphelines sont parmi nous… autant ne pas trop troubler leurs sens.
3. Puisque nous les adoptons, il est nécessaire de leur confier les mêmes rôles qu’en anglais. Il n’est jamais sain de créer des problèmes parfaitement inutiles.
4. Je suis à peu près certain que la veuve est une ligne creuse en haut de page (ou de colonne…) et que l’orpheline est la première ligne d’un alinéa ou d’un paragraphe en bas de page (ou de colonne). La veuve est généralement creuse (mais pas nécessairement), l’orpheline a toutes les chances d’être pleine (moins l’éventuel retrait d’alinéa)… Vulgaire, mais mnémo-nique.
P. JALLON : Je suggère qu’on interroge un très vieux prote, quelqu’un qui aurait eu, dans un pays francophone, une très longue et ancienne expérience… et qui serait encore suffisamment lucide pour distinguer une veuve d’une orpheline (quoique à cet âge-là, tout soit bon à prendre) !
Déterre autant de fossiles que tu voudras : ils te répondront tous qu’ils n’ont jamais entendu parler de veuves ni d’orphelines. Tu vas te salir les mains pour rien.
P. JALLON : Ainsi pourrait-on s’en remettre à la mémoire (pas défaillante) d’un ancien, plutôt qu’à des dicos anglophones qui, eux-mêmes, n’ont pas l’air d’être d’accord entre eux…
Ils ne sont pas si en désaccord que ça…
J. FONTAINE : Pour fins de comparaison, voici ce que dit le même Ramat dans une édition ultérieure (le Ramat de la typographie, 3e édition, 1997) : « Une ligne creuse ne doit jamais se trouver au sommet d’une colonne ni d’une page. » « Une veuve est un mot entier ou coupé qui se trouve seul sur une ligne au sommet d’une colonne ou d’une page, ce qui est inacceptable. Un orphelin est un mot entier ou coupé qui se trouve seul sur une ligne au bas d’une colonne ou d’une page, ce qui est également inacceptable. » On remarquera qu’il a supprimé quelques mots de ses définitions antérieures.
Les nouvelles définitions ne sont pas meilleures que les anciennes… Elles ont néanmoins le mérite d’ajouter une voix au concert de ceux qui voient la veuve en haut et l’orpheline en bas…
J. FONTAINE : Et voici ses définitions des lignes creuses et pleines : « Une ligne creuse est une ligne plus courte que la justification. Une ligne pleine est une ligne justifiée pleine mesure. Une ligne creuse ne doit jamais se trouver au sommet d’une colonne ni d’une page. »
Cela n’a aucun sens ! Admettons que l’ellipse pour « composition justifiée » soit légitime (sinon, il y aurait beaucoup de choses amusantes à dire…), il faut n’avoir jamais composé de dialogues pour oser écrire ça…
Pour qu’il y ait une veuve (ou une orpheline), il faut avoir affaire à un alinéa (ou à un paragraphe) qui compte au moins deux lignes… Élémentaire, mon cher Watson.
Encore quatre mots sur les veuves et les orphelines…
1. J’ai l’impression (j’aimerais qu’elle soit confirmée par des typographes anglophones) que les widows sont beaucoup plus âgées que les orphans… ce qui pourrait expliquer certains flottements. Il semblerait qu’à l’origine widow désignait une ligne isolée et séparée de son alinéa, qu’elle soit en haut ou en bas de page (ou de colonne). C’est pour distinguer les deux cas que les orphans auraient été engendrées. (Cette acception générique de widow est d’ailleurs celle du widow control de certains logiciels.)
2. J’ai trouvé un argument décisif en faveur des orphelines en bas : le vert opuscule intitulé Mise en page et impression les situe en haut.
3. Ce qui m’ennuie (beaucoup), c’est que Paput dit la même chose.
4. Je persisterai néanmoins à prétendre le contraire tant que personne n’aura cité une source anglaise et digne de foi plaçant (explicitement) les orphans en haut. Dites-moi si je me goure, mais les seules qui s’y risquent franchement sont françaises… alors qu’il y a d’estimables connaisseurs anglophones qui nous disent sans ambages qu’elles sont en bas. Quitte à traduire, autant le faire intelligemment.
J. ANDRÉ : Bien que j’aime beaucoup Paput, je ne vois pas en quoi il est ici une référence : c’est un graveur de caractères, pas un compositeur (même s’il s’y connaît quand même) !
Nous sommes bien d’accord… J’ai dit que sa définition m’ennuyait pour une raison bien simple : j’aurais aimé être d’accord avec quelqu’un dont je respecte le travail (ce qui revient à dire que j’aurais préféré qu’il ne se plantât pas…).
Puisque nous sommes en plein recensement… voici un autre partisan de la veuve en bas : Louis Guéry. Tu vois, je suis honnête, je n’hésite pas à recruter pour le compte des adversaires de mon camp…
J.-D. RONDINET : Faute d’unanimité, j’en resterai définitivement au français « ligne creuse » (en tête et en pied).
T’oublies qu’une orpheline (pour moi… donc une veuve pour d’autres) n’est pas une ligne creuse…
Je suis d’accord avec toi et Melot pour dire que l’on peut très bien vivre sans jamais nommer ces lignes qui par définition ne devraient pas survivre à la dernière épreuve…
Le problème, c’est que tout le monde en parle… et que certains le font après s’être offert une petite ligne, ce qui complique diablement la situation. Même entre gens sains et de bonne compagnie, comme ici, c’est le bordel, t’imagines dehors…
P. JALLON : Pourquoi faut-il absolument traduire ? Sommes-nous donc incapables, nous autres francophones, de penser par nous-mêmes, avec nos propres mots et nos propres concepts ?
Ta bonne foi m’enchante.
Les traducteurs improvisés sont à l’œuvre depuis longtemps. L’ennui, c’est que, selon toute vraisemblance, certains ont traduit widow par « orpheline »… et orphan par « veuve ». Ah ! ils sont bons les francophones, ils pensent par eux-mêmes !
Que tu le veuilles ou non, ces termes sont employés dans les milieux que nous fréquentons et leur sens n’est pas encore fixé. C’est de ce constat qu’il faut partir et non de nos inclinations… L’interrogation de Jean Fontaine n’est pas creuse, elle est parfaitement justifiée. Si elle est récurrente, c’est bien qu’il y a un problème, non ? Moi, je veux bien qu’une fois de plus nous brisions là, ça reposera les muets que nos radotages incommodent, mais alors engagez-vous à ne plus jamais écrire, à ne plus jamais prononcer ces mots dont vous contestez l’existence même.
Et rendez-vous dans trois mois, dans un an, pour une nouvelle séance (sans moi, autant te le dire tout de suite). Il serait plus malin que les partisans de la veuve en bas sortent rapidement des recrues de poids.
Pour l’heure, et en gros, oui, très grossièrement, nous avons à gauche, pour la veuve en haut, l’équipe Webster–Bringhurst… et à droite, pour la veuve en bas, l’équipe Perrousseaux–Guéry. Je crains qu’à moins de prompts renforts le match ne soit très déséquilibré. Mais on ne sait jamais, une surprise est toujours possible… J’dis ça… mais si un veuvedubassiste nous ramène une dream team, j’aurai pas l’air con…
J.-M. PARIS : Selon le Chicago Manual of Style (13e édition, 1982, et 14e édition, 1993), une widow ne saurait qu’être creuse (plus ou moins) et en haut de page. « A widow, that is, a short line — one word or two or three little ones (some say anything less than a full line) — at the top of a page. » D’autre part, cette source ne fait aucune référence à « orphan ».
Ça ne s’arrange pas pour les veuvedubassistes…
J. ANDRÉ : J’ai reçu ça [d’Alan Marshall, directeur du musée de l’Imprimerie, à Lyon] : Voici les quelques définitions que j’ai trouvées chez moi.
René Billoux, Encyclopædia chronologique des arts graphiques, 1943. « Ligne boîteuse : une queue d’alinéa lorsqu’à la mise en pages elle tombe en tête de page. »
Kenneison et Spilman, Dictionary of Printing, Papermaking and Bookbinding, 1963. « Widow : a single word, in a line by itself, ending a paragraph at the top or bottom of a page. Break-line : the last line of a paragraph. It should not begin a new page. »
Ken Garland, Graphic, Design and Printing Terms, 1980. « Widow : last line of typeset paragraph consisting of one word only ; may be used by some to apply specifically to one coming on the first line of a new column. Orphan : first line of paragraph appearing at foot of page ; often considered undesirable. Club line : short (because indented) line at the beginning of paragraph appearing at the foot of column. »
Selon Hugh Williamson, Methods of Book Design, de nombreuses éditions depuis plus de quarante ans, la mienne date de 1983 […]. « Widow : short line at head of page or column. » Le mot Orphan ne figure pas dans l’index.
John Miles, Design for Desktop Publishing, 1987. « Widow : short line — the end of a paragraph — appearing at the top of a page. » Le mot Orphan ne figure pas dans l’index.
Seybold and Dressler, Publishing from the Desktop, 1987. « Widow : incomplete line that ends a paragraph appearing at the top of a page. Orphan : a line that begins a new paragraph at the very bottom of the page. »
Geoffrey Glaister, Encyclopædia of the Book, 1996 (1960). « Widow line : a line of text set at the head of a page, e.g. the concluding words of a paragraph. Fewer than three lines in this position are considered bad setting. »
Une nouvelle Berezina pour les veuvedubassistes.


II. Justification des lignes creuses

À Typographie, du 27 février au 4 mars 1998.
T. BOUCHE : Je regrette par exemple que la dernière ligne ne soit pas automatiquement justifiée quand c’est possible.
A. HURTIG : Xpress fait ça, et de deux manières.
1. Brutale : il existe un format de paragraphe « au carré », dont chaque ligne est obligatoirement justifiée.
2. Paramétrée : on déclare le nombre de millimètres maximum au-delà duquel la justification de la dernière ligne ne doit plus être faite.
T. BOUCHE : Justifier la dernière ligne du dernier paragraphe d’un chapitre devait faire partie de l’honneur des typos d’antan : c’est souvent superbe et virtuose à réaliser. Si le paragraphe se termine par une ligne presque pleine, c’est désagréable pour l’œil.
A. HURTIG : Je suis entièrement d’accord avec ça : ce n’est pas toujours réalisable, mais je m’étonne que cette pratique se perde, et même que l’œil soit si souvent « gâché » par la mauvaise P.A.O. que les paragraphes pleins (dernière ligne justifiée) soient devenus peu naturels et même gênants pour certains lecteurs…
Je suis d’accord avec Thierry et Alain : rien n’est plus hideux qu’une dernière ligne d’alinéa « presque pleine ». En revanche, je ne partage pas leur enthousiasme pour les dernières lignes pleines… Beaucoup de bons typographes d’antan les considéraient comme des pis-aller. Il est vrai que d’autres, tout aussi bons (et ayant bonne mémoire…), les aimaient à ce point qu’ils bourraient les lignes creuses avec des vignettes…
Il y a des degrés dans l’horreur… Pour une dernière ligne, le pire c’est la mesquinerie : ligne creuse à peine supérieure au retrait d’alinéa ou ligne « presque pleine ». La ligne pleine est admissible, mais elle n’est pas souhaitable… Du moins si l’on parle de composition en alinéa… L’idéal, c’est une ligne nettement plus longue que le retrait d’alinéa et laissant à droite un blanc nettement supérieur au retrait d’alinéa…
T. BOUCHE : Le sentiment d’achèvement que cela induit.
Ben moi, ce sentiment me gêne… Pourquoi ? Tu l’expliques très bien dans la suite de ton message :
T. BOUCHE : Ça participe de la fondamentale dissymétrie des formes typographiques. Une phrase débute par une majuscule et s’achève par un point. Un chapitre débute par un retrait d’alinéa (ou une lettrine) et s’achève sur une ligne pleine. On s’aperçoit que plus la typo est aux mains de graphistes, plus la symétrie cherche à s’imposer (exemples archétypaux : « Le roi lioN », mais aussi « le bon usage »). Méfions-nous de la « raison graphique » ! Préservons le déroulement de la pensée (à sens) unique !
Oui ! mille fois oui ! Alors ne réintroduisons pas in extremis le sentiment statique, donc morbide, de l’achèvement… Préservons le déroulement dynamique, même après le point final. Prends les plus grands romans… Leurs ultimes lignes souffriraient beaucoup d’être pleines ! C’est encore plus vrai si les derniers signes précèdent le néant… Inutile d’évoquer celles qui sont inachevées… Quelle tristesse de buter bêtement sur la marge ! (Sauf à vouloir que cette particularité finale signifie explicitement quelque chose…)
T. BOUCHE : Imaginons que Paradis (Sollers) ou Ulysse (pas Homère, l’autre : « yes molly yes ») qui ne finissent pas par un point donc éventuellement pourraient prêter le flan à l’argumentation ci-dessus (oui le flan : matière verbale flasque non ponctuée) s’achèvent sur une ligne pleine. C’est idéal : le flot verbal interrompu de façon arbitraire ! impossible de savoir s’il manque une ligne ! impossible de savoir s’il en manque mille ! (même en regardant Paradis 2, hein) ça colle terriblement au projet !
Quoi ? What ? Ouarf ! Pour Paradis, que ça colle horriblement à ton immonde projet zen, je n’y vois aucun inconvénient… Mais Ulysse ! Y a pas de point final ? Y en a un, et il est beau, car c’est le premier point du dernier chapitre !
« et oui j’ai dit oui je veux bien Oui. »
En V.O. : « and yes I said yes I will Yes. »
Note la cap du last Oui ou du dernier Yes… et le final point qui suit… Il a besoin d’air, faut pas le coincer dans les cordes, contre la marge.


III. Extermination des veuves ! …
Liquidation des orphelines…

À Typographie, le 4 juillet 1997.
J. ANDRÉ : Veuves et orphelines étant bannies de la typographie, j’aimerais savoir comment faire, tant au plomb (froid ou chaud) qu’en P.A.O. Ma question est en fait : « Quels sont les degrés de liberté ? »
On peut se tourner vers les bonnes vieilles méthodes draconiennes, qui ont le charme désuet de l’évidence : les pages longues et, surtout, courtes (une ligne de moins) exterminent allégrement orphelines (éliminées par une page courte) et veuves (> page longue). L’astuce consiste à mettre deux pages courtes (ou longues…) en regard. D’accord, ce n’est pas terrible… mais ce n’est pas pire que beaucoup de tripatouillages (du texte, de l’interlignage, etc.).
Je n’aurais pas dû envoyer ce message… Je pressens que je vais me faire taper sur les doigts…
A. HURTIG : Comment justifier (c’est bien le cas de le dire) ce genre de pratique ? […] Un empagement est calculé en fonction d’une esthétique, d’un sentiment qu’on veut donner à la lecture, du nombre de pages maximum qu’on accepte d’imprimer, etc. Il détermine le gris typographique. Il ne dépend pas de la fantaisie meurtrière d’un plan d’épuration du veuvage et des orphelinats… Bref, ça me semble être un bien mauvais parti que celui-là.
Peut-être (sûrement, même)… mais c’est celui de plusieurs typographes respectables, à commencer par Tschichold, comme le rappelle Patrick Cazaux. Ce fut surtout une pratique courante. Je ne la défends pas… je me contente de rappeler qu’elle a existé et que, dans certains cas, elle est raisonnablement envisageable…

À Typographie, du 12 au 13 janvier 1999.
A. JOLY : Enfin, le principal : respecter le registre sans engendrer de veuves ni d’orphelines nécessite de faire appel à des pratiques douteuses, ce qui est mauvais pour la santé.
Toutes ne sont pas malsaines… Quelques coupures judicieuses… et, si c’est insuffisant, une double « courte » (une ligne de moins).
Par ailleurs, si le foulage a disparu, les papiers transparents sont encore parmi nous…
A. JOLY : Sérieusement, et sans provocation, je ne pense pas qu’il faille généraliser des « préconisations typographiques ».
D’accord. S’agissant de la nécessité du registre, un paramètre n’est pas à négliger : le corps (et l’interlignage). En corps 6/7 ou en corps 7/7,5… on peut oublier le registre sans complexe, même sur papier transparent et même dans les compos en colonnes (ouvrir n’importe quel dictionnaire…). Mais en corps 10/12 ?

À Typographie, le 27 août 1999.
A. HURTIG : Je me souviens que Jean-Pierre Lacroux m’avait expliqué (c’était au premier « dîner des typographes ») qu’on pouvait gaillardement supprimer une ligne en bas d’une page, si ça permettait de flinguer une veuve ou une orpheline.
Jamais de la vie ! J’ai peut-être dit, après des dizaines d’autres et non des moindres, que dans certaines circonstances l’on pouvait accepter une double courte (ou longue, selon les besoins), ce qui implique deux lignes.


Lisibilité Empattement.

Williams 1992 : « Les recherches ont établi que les caractères à empattements étaient plus lisibles dans le texte continu que les linéales. »
Richaudeau 1989 : « En particulier, il a été prouvé que l’existence ou l’absence d’empattement (tels ce n et ce n n’avait pas d’influence sur la lisibilité des textes. » [Ponctuation d’origine.]



Livre

Abréviation : {liv.} (livre, livres).
Cette abréviation est devenue la norme… Or, elle est doublement défectueuse, voir : Abréviation § 3.2.4.
•• Le mot livre ne s’abrège que dans les notes, les annexes, etc. Dans le texte courant, il ne s’abrège que dans les références situées entre parenthèses.
Lefevre 1883.


Livre sacré Bible, Titre d’œuvre.

Joseph Smith (1805-1844) publie en 1830 le Livre de Mormon. Sa préface indique que : « La période couverte par les annales du Livre de Mormon s’étend de 600 av. J.-C. à 421 apr. J.-C. »


Lune Astre