Règles typographiques : d’Alliage à Avertissement


Alliage Fraction, Pourcentage.

1.

•• La composition précise des alliages non précieux s’indique en pourcentage (p. 100 ou symbole %) : un alliage fer-carbone à 2 p. 100 de carbone.
•• Introduisant une expression différente des proportions, le symbole ‰ ne devrait pas être employé dans les textes non spécialisés : un alliage de fer-carbone à 0,6 % de carbone, plutôt que {6 ‰}.
Impr. nat. 1990.
••• Le titre des métaux précieux s’indique en millièmes (éventuellement sous forme de fraction) ou, pour l’or, en carats.
Carat : un vingt-quatrième d’or fin dans un alliage d’or, soit 41,666 millièmes. L’or fin, ou pur, est donc à 24 carats ; l’or à 18 carats est au titre de 750 millièmes (ou
750/1000) ; l’or à 14 carats au titre de 585 millièmes (ou 585/1000). Pour le titre de l’argent, le denier (1/12) a hélas été abandonné…


2.

••• Les nombres qui précisent la composition d’un alliage se composent toujours en chiffres arabes.
[Or à quatorze carats] > or à 14 carats. Mais : deux carats, ce n’est pas beaucoup…
Code typ. 1993, Gouriou 1990, Impr. nat. 1990.


Alliance Accord, conférence, traité, Convention, Pacte.

L’Alliance (Grande-Bretagne : parti social-démocrate, parti libéral), l’Alliance atlantique, l’Alliance française, l’Alliance pour le progrès, la Quadruple-Alliance, la Sainte-Alliance, la Triple-Alliance, la Triplice, l’arche d’Alliance.


An, année Âge, Date, Millésime.

« Les enfants c’est comme les années,
on ne les revoit jamais. »
Louis-Ferdinand C
ÉLINE, Mort à crédit.

Pour les emplois respectifs d’an et d’année, voir les bons dictionnaires des difficultés du français (Girodet 1988, Thomas 1971).
•• Les décennies (au sens strict, sans expression du siècle) s’écrivent et se composent en lettres : les années soixante ne valent pas les années trente. Mais : les années 1790 furent révolutionnaires.
•• Les années s’écrivent et se composent en chiffres arabes : Mme P. est née en 1928.
Les notaires et les poètes font une fois de plus bande à part : mille neuf cent vingt-huit.
Remarque. — La composition en lettres s’impose surtout dans les vers réguliers (voir : Date).
Les chiffres romains étaient jadis employés sur la page de titre pour composer l’année de publication d’un ouvrage.
/•• En principe, on n’abrège pas les années (suppression du millésime et du siècle), singulièrement celles qui n’appartiennent pas au siècle en cours. ••  Cette règle ne s’applique pas aux textes (ou aux portions de texte) ayant pour vocation de reproduire la vivacité de l’oral : Paul est mort en 34, deux ans après sa femme.


Dates historiques

Quelques formes tronquées sont entrées et se sont maintenues dans l’usage courant. XVIIIe siècle : 89, 93. XIXe siècle : 48. Le XXe siècle est encore riche en abrègements admissibles dans les textes non spécialisés : 14, 14-18, 17, 39-45, 68, etc. Dès les premières années du IIIe millénaire, la liste va raccourcir inexorablement.
••• Sont très fautifs les pourtant très fréquents [1939-45], [1914-18] > 1914-1918, 14-18, qui associent une « année complète » à une « année réduite ».
Exemple de graphie défectueuse, due au Conseil supérieur de la langue française : « […] l’Académie française a corrigé la graphie du lexique en 1694, […], 1878, 1932-35. »
•• On ne tronque pas les années par aphérèse mais on peut les masquer par apocope. L’abrègement de discrétion est légitime : « J’étais à Paris en 18… » – Edgar Allan POE, « la Lettre volée », Histoires extraordinaires. Ou : j’étais à Vichy en 194…


••• Espace

Attention à ne pas confondre l’année (même approximative…) et un nombre d’années.
Année : pas d’espace après le chiffre des milliers, en l’occurrence le millésime (règle commune de la numérotation).
Nombre d’années : espace après le chiffre des milliers (règle commune du dénombrement).
Exemples. — L’écriture fut inventée vers 3300 av J.-C. ; l’écriture fut inventée 3 300 ans avant Jésus-Christ.


Expressions diverses

Le jour de l’an, le nouvel an, le premier de l’an, les Années folles, l’année sainte.


À F.L.L.F., du 12 au 15 mai 1998.
J.-C. J. : Les années 80 : il n’y a pas beaucoup d’explications dans la Lettre de l’Académie.
Si j’ai bien compris, le singulier des années quatre-vingt suscite des interrogations. Pourtant, il n’est pas plus étonnant que celui de la page quatre-vingt… Dans les deux cas, il s’agit d’un ordinal et non d’un cardinal.
Remarque annexe. On écrit les années quatre-vingt et jamais les années 80, mais si l’on est peu sûr de son orthographe on pourra se rabattre sur les années 1980… De toute façon, dans peu de temps, il faudra bien s’y résoudre, car la seule indication de la décennie n’est efficace que pour le siècle en cours… Vivement les années dix, ce sera peut-être la Belle Époque.
D. DUCHET : La première décennie est-elle les années zéro ?
Dans un dessein similaire, cela peut se concevoir… Sauf quand on croit plaisanter, on dit rarement les années dix pour désigner la deuxième décennie : après 10, il faut attendre 17 pour entendre un dix, ça coince donc un peu… Dès les années vingt, le problème ne se pose plus…
Si 1900 est son année emblématique, la Belle Époque s’est éteinte dans les années dix, peu avant 1914. Pour la prochaine, je n’ai pas d’information bien fiable.
J. CASSAIGNE : Quand on dit les années quatre-vingt, on pense aux années dont le nom contient « quatre-vingt », c’est-à-dire de 1980 à 1989. Ce n’est pas la même chose que la neuvième décennie du siècle, qui va, pour moi en tout cas, de 1981 à 1990.
Pas que pour vous… Pour quiconque sait compter et écrire.

À Typographie, le 29 avril 1999.
F. BOUGNET : [La façon d’écrire les années] dépend du caractère général de la publication.
Oui… s’il s’agit du choix entre les années quatre-vingt et les années 1980. Non… s’il s’agit d’employer les années 80, qui est maladroit et, à mon sens, incorrect partout… (Et pourquoi pas les années ’80, xénisme graphique s’il en est ?) C’est le genre de « licence confortable » (pour le scripteur) qui n’a pas encore sa place dans un texte composé avec un soupçon de soin.
J. TOMBEUR : Sans chercher à contredire cette appréciation, je signale juste au passage que les années 80 sont effectivement une forme très répandue. Par exemple, dans le Code de rédaction interinstitutionnel, Vade-mecum de l’éditeur, Communautés européennes, éd. 1997.
Je connais. Ses éditeurs responsables me l’ont envoyé depuis longtemps. C’est un travail sérieux, utile à connaître, mais… les contraintes communautaires sont perceptibles presque à chaque page… y compris dans celles qui sont consacrées aux « Conventions propres à la langue française »… d’où est extraite ta citation (10.4.1, p. 139).

À Typographie, le 9 mars 2000.
A. HURTIG : [Prolexis] refuse les années 20, pour proposer les années vingt en solution de remplacement.
Bien… mais, s’il s’agit par exemple du
XXe siècle, les années 1920 sont également correctes et dès 2031, c’est demain, elles seront chaudement recommandées…


Ancien, nouveau

Adjectif : l’Ancien Monde, le Nouveau Monde, l’Ancien Régime, l’Ancien Testament.
Substantif :   le Conseil des Anciens, la Querelle des Anciens et des Modernes.


Anglais

Abréviations.

ad    Anno Domini (de préférence en petites capitales).
bc Before Christus (de préférence en petites capitales).
  d.t.p. DTP desktop publishing.
e.t.s. electronic typescript.
f., ff. following page(s).
s.c. small capitals : petites capitales.
s/s same size : même taille.

Capitales et bas de casse.
Le Royaume-Uni, pour l’heure, porte bien le premier élément de son nom, et les États-Unis ont une nette inclination pour le clinquant : cela explique en partie la place qu’ils accordent aux majuscules dans les titres, voire dans les toponymes.

Titres.
The Queen of England (la reine d’Angleterre), the Prince of Wales (le prince de Galles), the Duke of Wellington (le duc de Wellington), Sir Winston Churchill (sir Winston Churchill).

Noms géographiques.
The Straits of Gibraltar (le détroit de Gibraltar).

Ponctuation.
Principales différences entre les usages anglais et français :
Espaces : l’anglais ignore la plupart des espaces qui font notre joie… Quand la typographie française introduit une espace insécable entre deux signes, l’anglo-saxonne les colle.

Français !
English!
Français ? English?
Français : English:
Français ; English;
« Français » “English”, ‘English’.
Sans doute pour compenser, le point, le point d’exclamation et le point d’interrogation — lorsqu’ils terminaient une phrase — furent longtemps suivis d’un cadratin (espace égale à la force du corps). Cet usage, qui ruinait le gris typographique, est en voie de disparition.

Tirets.
Au sein d’une phrase, le tiret est collé au signe qui le précède et au signe qui le suit, quels que soient ces signes : There are several dangers:—first, it is hard to judge the value of the tone;—second, it is difficult to keep from getting some of the tiny drops of ink. The proportion of this sketch—or of the space itself—may be enlarged in a number of ways.

Chiffres.
Dans les nombres, les tranches de trois chiffres sont séparées par une virgule et les décimales par un point : 25,568.5 (= 25 568,5)
¶ Il n’y a pas d’espace après ces signes. Cela les distingue des signes de ponctuation et permet de lire ceci sans trop d’effort : During 1973, 74,755 vessels entered ports to discharge and load 198,275,230 tonnes.
Toutefois, afin d’éviter de regrettables confusions, les bons typographes anglo-saxons surélèvent habilement le point des décimales : Infant death, 56.3 per 1,000 live births.

Exprimés en chiffres, les adjectifs ordinaux se forment par l’adjonction (sans espace) de la terminaison th (composée en bas de casse du même corps, position normale) : 4th (fourth), 5th (fifth), 10th (tenth), 20th (twentieth), etc. Les seules exceptions sont 1st (first), 2nd (second), 3rd (third) et tous leurs composés : 21st (twenty-first), 201st (two hundred and first), etc. En chiffres romains : IIIrd, XXth, etc. Français : 1er, 2e, 3e, 4e, Ier, IIIe, XXe.
Les symboles % et ‰ sont collés au chiffre qui les précède : 5.2%, 24‰.

¶ Dans un texte composé en français, tous les « anglicismes typographiques » sont des fautes typographiques graves.
Attention ! Au sein de textes ou d’ouvrages écrits et composés en français, certaines coutumes typographiques anglo-saxonnes — espaces, guillemets — ne doivent pas être observées dans les citations anglaises…
— Original : As one architect remarked, “Why bother so about the spacing of the sheet? The final building is the thing which counts; these drawings are but temporary things—a means to the end.” In a sense it is true.
— Adaptation : Comme le faisait finement observer un architecte : « Why bother so about the spacing of the sheet ? The final building is the thing which counts ; these drawings are but temporary things — a means to the end. » Ce n’est pas faux.


Année An, année


Annexe Addenda.

Sont mis en annexe (et constituent l’annexe ou les annexes) des éléments qui fournissent des informations complémentaires (appendice, documents, tableaux) mais qui ne sont pas indispensables à la compréhension du texte courant.
Les postfaces, les notes, les bibliographies, les index, les tables ne font pas partie des annexes.
Lorsqu’elles sont très nombreuses, les annexes peuvent être précédées d’un sommaire.
Si un ouvrage contient plusieurs annexes, on les numérote en chiffres romains grandes capitales. La pagination générale n’est pas interrompue.
Ne pas confondre avec addenda (ajout d’éléments oubliés lors de la composition, voire de l’impression de certaines pages), addition (note marginale, sans appel) ou supplément..
Dans les notes, les références, etc., l’abréviation ann. est admissible.
Impr. nat. 1990.
La forme « an. », proposée par Guéry 1996 est particulièrement désastreuse : pour obtenir une graphie équivoque (an. III), elle viole un des grands commandements de l’art d’abréger en coupant un mot entre deux consonnes (voir : Abréviation).


Anti

Le préfixe « anti », du grec anti (contre), est aujourd’hui très productif, bien plus que le préfixe « pro ». En revanche, « anti », du latin ante (avant), n’enrichit plus notre langue depuis longtemps : l’ordonnance de l’antidote (contre) est antidatée (avant).
••• Les mots composés avec le préfixe « anti » s’écrivent presque tous sans trait d’union : antiaérien, antiallergique, antigaulliste, antihéros, antiroman, antirouille, antimatière, antiscientifique, antitabac, etc.
Académie 1994, Conseil sup. 1990, Larousse 1999, Le Beau-Bensa & Rey-Debove 1991, Robert 1993.
Robert 1985 {anti-américanisme, anti-scientifique, etc.}.
Remarque. Larousse 1885 et Littré 1872 ne donnent aucun nom commun associant le trait d’union et le préfixe « anti », ce qui réduit considérablement le mérite d’une des rares « rectifications » heureuses du Conseil supérieur de la langue française, qui découvre là une porte ouverte depuis longtemps.

Exceptions (peu nombreuses et toutes logiques).
— Mots dont le deuxième élément commence par « i » : anti-impérialiste, anti-infectieux, anti-inflammatoire, anti-inflationniste, anti-intellectualisme ;
— mots composés de plus de deux éléments : anti-sous-marin ;
— mots où le préfixe « anti » est doublé : anti-anticorps ;
— préfixation d’une locution ou d’une dénomination formée de plusieurs mots : anti-nouveau roman ;
— noms dont le deuxième élément est un nom propre (si le mot composé est lui-même un nom propre ou un titre, les deux éléments prennent la majuscule initiale) : l’Anti-Atlas, l’Anti-Elbourz, l’Anti-Liban, l’Anti-Taurus ; l’Anti-Dühring (Friedrich Engels), l’Anti-Lucrèce (Melchior de Polignac), l’Anti-Machiavel (Frédéric II de Prusse) ; le sérum anti-Inaba-Ogawa ; comme tous les ouvrages de ce genre, l’Anti-Caton (Jules César) est un « anti » (nom masculin invariable) ;
— mots dont le deuxième élément est un sigle ou un symbole : anti-C.G.T., anti-OTAN, anti-g, anti-O. Les acronymes devenus des noms communs suivent la règle générale : antiradar, antisida ;
mots (•• à éviter) dont le deuxième élément est étranger : anti-dumping ( Robert 1985 donne « anti-dumping » à l’article « Anti- » et {antidumping} à l’article « Dumping », mais il est vrai que l’anglais est une langue difficile).
Remarque. — Les formes {anti-héros, anti-roman} peuvent être considérées comme des anglicismes sournois (anti-hero, anti-novel). > antihéros, antiroman.

Bien que retenue par Girodet 1988, Hanse 1987, Impr. nat. 1990, Robert 1985, Thomas 1971, la catégorie des mots rares ou « formés pour la circonstance » est une bizarrerie qu’il faut oublier, sauf si l’on se plaît à engendrer des exceptions innombrables et illogiques : cet anticommuniste est un {anti-nataliste} véhément.
Conseil sup. 1990, Larousse 1999, Robert 1993.
Littré 1872, citant Boileau, donne « antipindarique », terme rare et de « circonstance » s’il en est.
Girodet 1988, {anti-jeunes, anti-tabac}, Impr. nat. 1990 {anti-bruit, anti-roman, anti-théâtre}, Robert 1985 {anti-poison} mais antigrippe, {anti-drogue, anti-hasard, etc.}.
On peut, à la rigueur, accepter une dérogation si le trait d’union épargne une ambiguïté indésirable : anti-gone (pour « ennemi des petits Lyonnais »).

Pluriel.
Naguère, les subtilités grammaticales s’effaçaient ici devant le bon sens, qui n’a pas toujours tort : un qualificatif pouvait fort bien conserver la marque du pluriel après un substantif au singulier et la refuser après un substantif au pluriel : une crème [antiride] est à coup sûr inefficace pour effacer les rides (> crème antirides) ; en revanche, des peintures antirouille suffisent amplement à combattre la rouille. Ces facilités (aucune compétence grammaticale n’était requise) ont été remises en cause par des rectificateurs qui, soucieux de simplifier la vie des masses écrivantes, prônent la variabilité systématique. Je ne suis guère enclin à les suivre aveuglément. Il est vrai qu’aucun parti n’est satisfaisant, car il était (et reste) d’usage de revenir à la variabilité avec les substantifs : un phare antibrouillard, des phares antibrouillard, un antibrouillard… des antibrouillards.
Girodet 1988.
Thomas 1971 note une tendance à la variabilité mais se demande joliment « Qui oserait écrire : des lunettes antisoleils ? »
Conseil sup. 1990.


À F.L.L.F., le 6 juin 2000.
JOYCE : Merci, le problème est manifestement plus clair pour moi maintenant.
La remarque de P. B. est parfaitement justifiée pour la révolte « anti- » (contre les) chauffards, mais il ne faudrait pas croire qu’elle concerne tous les cas. Une « organisation antibourgeoise » ne s’en prend pas uniquement à une seule dame de la mauvaise société…
RAPH : Faut-il dire une politique antidrogue ou anti-drogue ?
Meilleure question : est-il raisonnable et correct d’écrire « des politiques antidrogue » ? Ma réponse est non et oui…
DAIMONAX : Le problème, c’est que ces « circonstances » se multiplient, soulevant à chaque fois, ou presque, des problèmes de graphie.
Oui, bien qu’il soit retenu par des auteurs respectables, dont Girodet, le critère des « circonstances » est bien peu fondé. Pour parler franchement, c’est à mon sens une foutaise… La soudure systématique est certes une mauvaise idée (c’est une des voies royales de la « démotivation » du lexique), mais, s’agissant du préfixe « anti- », elle est dominante… et depuis très longtemps, alors, soudons (sauf dans les cas où des critères non « circonstanciels » interdisent la manœuvre). Sans nous imaginer que cela simplifiera une affaire très mal engagée…



Aparté Italique, Théâtre.

Parole prononcée par un acteur et que seul le spectateur est censé entendre.
Les apartés se composent en italique.


Aphorisme Proverbe


Apocope Abréviation


Aposiopèse

Interruption d’une phra… Elle se traduit graphiquement par les points de suspension.


Apostrophe Coupure, Guillemet, Troncation.

« Chier dans le cassetin aux apostrophes, v.
Cette phrase grossière et malséante peut se
traduire en langage honnête par : Quitter
le métier de typographe
. »
Eugène B
OUTMY, Dictionnaire
de l’argot des typographes
.

1.

••• L(a)’apostrophe est la marque de l(a)’élision lorsqu(e)’elle s(e)’indique graphiquement. (Le plus souvent, l’élision orale ne se traduit pas dans l’écriture : elle est presque une experte avisée [ell(e) est presqu(e) un(e) expert(e) avisée], voir : § 3.)
Dans la langue écrite, l’élision est la suppression de la voyelle finale d’un mot devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet. L’apostrophe remplace ici deux signes : la voyelle amuïe (non prononcée, devenue muette) et l’espace qui la suivait. Elle ne peut finir une ligne : c’/est l’avis d’/une experte, l’/élision s’/effectue dans « l’/hiatus » et dans « l’/hyène ».


2.

••• L’apostrophe joue occasionnellement d’autres rôles.

2.1. Dans la transcription du langage parlé, elle est la marque d’amuï/sements divers, voire d’ellipses audacieuses.
Élision irrégulière : t’as pris le métro ?
Syncope : salut p’tit gars !
Ellipse irrégulière : en voilà un qu’a pas de pot… (« qu’ » pour : « qui n’ »).
Dans ces emplois, l’apostrophe remplace un nombre variable de signes (lettres et espaces), voire de mots.
Dans les cas où il n’y a pas de liaison, l’apostrophe est suivie d’une espace et peut éventuellement finir une ligne : pauv’ type.
Si le mot amputé est réduit à une ou deux lettres, l’apostrophe en fin de ligne n’est pas admissible : i’/commence à me gonfler.
Si la liaison s’effectue — ou lorsqu’on souhaite indiquer une agglutination occasionnelle —, pas d’espace après l’apostrophe, qui ne peut finir une ligne : c’t’enfoiré m’charrie. Toutefois, si la chaîne ainsi formée s’allonge démesurément ou si la liaison s’effectue après un mot plurisyllabique, une espace viendra clarifier la situation : c’t’aimab’ enfant est une véritab’ enchanteresse.
Cette façon de faire est ancienne ; comme elle est de surcroît subtile, il convient de la respecter.
Greffier 1898, Lefevre 1855.
Lecerf 1956.

La liberté de la transcription connaît une limite : il est déconseillé d’introduire une apostrophe là où « normalement » elle n’intervient pas dans le français écrit.
Ainsi « il n’y a pas de raison » peut devenir « y a pas d’raison » mais il serait déraisonnable d’écrire [y’a pas d’raison].
« Mon camarade est couché dans un pré
Y a pus qu’des os
Y n’est pas enterré
Le trou d’son nez on y mettrait son doigt
Et ses deux œils c’est comme du chocolat. »
Max J
ACOB, Saint Matorel.

2.2. Irréprochable dans la troncation de certaines dénominations propres, l’apostrophe finale est d’un maniement délicat dans celui des adjectifs et des noms communs.
Évidemment fautive dans les mots entrés dans l’usage courant (cinéma, photo, radio, vélo, etc.), elle est inutile et dangereuse dans la plupart des autres cas, quelle que soit la lettre finale ; l’accord au pluriel (obligatoire, s’il ne s’agit ni d’une élision ni d’une ellipse, mais d’une troncation, voir : § 2.1) ne s’obtient en effet qu’au prix d’une monstruosité typographique (en français…) : {le prof’}, [les prof’s] > le prof, les profs ; {la fac’}, [les fac’s] > la fac, les facs. Toutefois, une condamnation sans appel serait regrettable, car l’apostrophe est parfois utile pour éviter les ambiguïtés : Karpov s’est réveillé à deux heures du mat’. Dans cet emploi, l’apostrophe remplace un nombre variable de signes, elle est suivie d’une espace (ou d’un signe de ponctuation), elle peut finir une ligne (voir : Troncation).


3. ••• Fautes

Ne prennent pas l’apostrophe : quelque (exception : quelqu’un), presque (exception : presqu’île), le onze, la onzième, le oui, le uhlan, le yacht, le yatagan, la yole, le yucca.


4. Forme

La plupart des dictionnaires ne disent rien sur la question. Académie 1994, Larousse 1904, 1933 n’hésitent pas à affirmer que l’apostrophe est « en forme de virgule ». Ils ont raison, car dans toutes les bonnes polices il y a une belle similitude de dessin entre l’apostrophe et la virgule. C’est normal : à l’origine, l’apostrophe n’est qu’une virgule libérée de la pesanteur qui la clouait sur la ligne de base.

Les polices qui ne respectent pas cette troublante gémellité sont rares et généralement médiocres.
Dans la composition chaude, l’apostrophe et la virgule étaient utilisées pour former les guillemets anglais. Ouvrants : deux virgules retournées ; fermants : deux apostrophes.
¶ Le petit trait vertical « 
 », qu’on appelle parfois « apostrophe dactylographique », n’est pas une apostrophe. Ce n’est même pas le symbole de la minute d’angle, qui s’écrit ainsi : «  ».
Ce n’est typographiquement rien.


I. Usages de l’apostrophe

À Typographie, le 12 janvier 1998.
É. ANGELINI : À propos de graphies étranges […], pouvez-vous me dire si des mots comme bat’d’af, caf’conc’, rythm’n’blues, rock’n’roll, j’m’en-foutiste, etc., traitent l’apostrophe et les espaces voisines comme pour l’apostrophe dans le mot aujourd’hui ?
Oups… pas simple ! C’est la question de l’apostrophe hors de l’élision régulière… C’est quasiment plus d’la typo, mais d’la littérature. Ça mériterait plusieurs pages d’explications (en corps 7…). Les termes et les expressions qu’vous citez n’appartiennent pas à une catégorie unique… Café-concert et je-m’en-foutiste sont des mots composés (d’où caf’conc’, j’m’en-foutiste) mais Bataillon d’Afrique n’en est pas un (d’où Bat’ d’Af’, avec espace…).
En outre, ces formes ont été figées (sauf, toujours lui, le j’m’en-foutiste)… en des temps (sauf le rock’n’roll anglo-saxon) où l’on aimait bien les apostrophes.

À France-Langue, le 3 février 1998.
O. BETTENS : Grand’mère est-il réellement encore aussi vivant que cela dans les productions manuscrites ? Y a-t-il d’autres lecteurs de France-Langue qui résistent encore au trait d’union ?
Quand j’étais gamin, au début des années cinquante, j’écrivais grand’mère… car ma grand-mère paternelle, ancienne hussarde noire de la République devenue directrice d’école, m’avait signalé cette particularité graphique lors d’un des échanges épistolaires (de mon côté, assez sommaires…) occasionnés par le nouvel an ou les anniversaires.
La malheureuse ne se tenait plus au courant de l’actualité orthographique : à l’époque, elle était déjà à la retraite depuis longtemps. Elle l’avait bien mérité : pour un traitement médiocre, elle avait consacré sa jeunesse à enseigner aux petits Tarnais la langue de Voltaire et de Victor Hugo (celle de Péguy aussi, car son attachement à la laïcité n’excluait pas une vigoureuse piété).
Tout ça pour vous dire que plus tard, avec des maîtres plus jeunes, lorsque j’ai découvert que cette apostrophe était devenue fautive car depuis toujours débile, j’ai été très déçu. Je m’en suis remis mais, aujourd’hui encore, les grands-mères sont celles des autres, alors que grand’mère, c’est la mienne (pardon grand’mère, les deux miennes)…

À Typographie, le 4 novembre 2000.
J.-D. RONDINET : Est-ce que je me trompe, en pensant que l’Ievoli-Sun et … de l’Ievoli-Sun seraient préférables dans tous les cas ? Pour des raisons d’euphonie, j’appliquerais ici la « règle du y en langue étrangère » (cf. André Jouette à « Élision ») : le yeti, le Yémen, le Yevoli, le Ievoli… et non l’yéti, l’Yemen, l’Yeveli, l’Ievoli
Pas d’accord… Quitte à recourir à l’analogie (ce qui n’est pas nécessairement une bonne idée orthochose…), autant qu’elle soit analogue : Ievoli commence par I, non par Y. Or… on dit et écrit place d’Iéna, l’Ienisseï… non de Iéna, le Ienisseï.
Si donc j’avais à le faire, je dirais et écrirais l’Ievoli-Sun
Quant à la règle du « y en langue étrangère », elle n’existe sans exception que dans le chef fatigué de Mr Jouette… Même s’il avait songé à préciser « Y + voyelle » (en gros : « y semi-consonne ») — passque pour « y voyelle », sa « règle » peut faire très mal… —, il resterait quelques tranches de jambon d’York pour s’amuser…

À F.L.L.F., le 25 janvier 2002.
J.-B. YUNES : [Écrit-on] « Que se passe-t-il ? » ou « Que se passe-t’il » ?
L’apostrophe marque une élision. Ici, il n’y en a pas… donc… pas d’apostrophe, mais un trait d’union après un « t » strictement euphonique.

À F.L.L.F., le 17 avril 2002.
C. CHALAND : Personnellement, je dirais « un article d’Alain » si l’auteur de l’article se prénomme Alain et « un article de Alain » si l’article a été écrit par le philosophe.
Vous auriez grand tort… Alain lui-même vous le dirait qui intitula les premières séries de ses chroniques Cent un propos d’Alain



II. Pratiques typographiques

À Langue-Fr., le 25 avril 2000.
P. SCOTT HORNE : Lorsqu’il faut diviser puisqu’Anne entre deux lignes, peut-on écrire puisqu’[Anne ?
Non, surtout pas ! (Mais… rejoignez donc les rangs innombrables de ceux qui prohibent ici l’« élision graphique » : votre vie de compositeur en sera grandement simplifiée…)

À F.L.L.F., le 10 juillet 2001.
D. B. : Je vous invite aussi à regarder la page de titre du Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction de Alain Rey, là où j’aurais mis d’Alain Rey.
…Et vous auriez eu raison. Sauf s’il s’agit d’une indication (licence fréquente et compréhensible dans les pages de titre) composée sur (au moins) deux lignes :

Sous la direction de
Alain Rey

Surtout si l’on a :

Sous la direction de
Alain Rey
Jean Girodet

En revanche, cette pratique (hélas fréquente) est gravement fautive sur une seule ligne de titre et, bien évidemment, au sein d’une phrase et même d’une bibliographie. Sauf… si le prénom est abrégé : sous la direction de A. Rey.
Cela dit, comme l’a dit je ne sais plus qui, l’ineptie est un machin sans fond ni borne : on a déjà pu voir des poésies de Arthur Rimbaud, des romans de Anatole France et même des textes de Hugo, parolier de « Les Misérables »

À F.L.L.F., le 21 mai 2002.
N. SICARD : Comment écrire entre guillemets (à la française) un mot précédé d’une apostrophe ? On inclut l’apostrophe ou non ?
Si vous incluez l’apostrophe, vous incluez aussi le déterminant élidé : c’est là le « vrai » problème… Dans la plupart des cas, ce serait une erreur…
N. SICARD : 1) des mesures contre l’« insécurité ».
Oui.



II. Dessin de l’apostrophe

À Typographie, les 1er et 2 février 1998.
J. FONTAINE : En typographie française, la forme de l’apostrophe est courbe.
Presque toujours mais pas nécessairement. Tenez, puisque l’on en parle, l’apostrophe du Futura n’a rien de courbe (tout comme celle de l’Optima, de l’Univers, du Frutiger, etc.). Vous me direz que ces caractères ont des parents germaniques, mais cela n’empêche pas de les employer en typographie française (d’autant que, dans le cas de l’Univers, la commande et la fonte étaient françaises…).
J. FONTAINE : Analogue (ou identique ?) à celle d’une virgule.
Oui, et c’est là le point (parfois, j’ai honte…) essentiel ! Identité parfaite !
F. H. VILLEBROD : En dehors des us et coutumes typographiques locaux, y a-t-il vraiment, à ce point, une typographie dite française, qui édicte de tels impératifs concernant la forme ou la taille relative d’une virgule ?
J’ai dû mal m’exprimer. Si elle s’inscrit dans la tradition française, l’identité (absolue !) de forme entre l’apostrophe et la virgule n’est évidemment pas une spécificité. De Baskerville à Gill, d’autres l’ont respectée…
Mais… qu’entendez-vous par « us et coutumes locaux » ?
F. H. VILLEBROD : Quant à une apostrophe (ou guillemet anglais simple) absolument identique en forme et en taille à la virgule, ça doit être dans ce cas une solution de facilité regrettable du créateur, car à cause d’un effet d’optique, phénomène fréquent en typographie, l’apostrophe doit être redessinée un peu plus petite que la virgule et souvent avec quelques modifications dans la forme afin de préserver la couleur ou afin de mieux épouser à leur niveau respectif le contour différent des caractères avoisinants.
Je serais très intéressé par toute information (historique, technique) avalisant cette disparité.
Comme la question me tourmente plus que de raison, je cherche (et je commence à trouver…) des caractères où apostrophe et virgule ont des formes différentes. Il me semble que l’on peut les classer en trois catégories, selon que cette disparité est d’origine technique, historique ou inexplicable…
Voici les premières prises de cette pêche…
Techniques : OCRA et OCRB…
Historiques : quelques fractures, scriptes et manuaires (mais les meilleures respectent l’identité…).
Inexplicables : le Trajan… et quelques linéales étranges.
Pour l’heure, je n’ai pas encore trouvé de caractère authentiquement typographique où cette disparité soit perceptible à l’œil nu… Je n’exclus cependant pas d’éventuelles surprises. C’est en tout cas vrai pour le romain. Il arrive, mais c’est rare, que l’italique soit plus capricieux (ex. : New Aster ital, où la virgule est plus « creusée » que l’apostrophe).
Damned ! Une police plutôt réussie (I.T.C. Kabel) dont l’apostrophe et la virgule sont monstrueusement étrangères l’une à l’autre… Il faut dire qu’à mon sens les signes de ponctuation ne sont pas le point (nul…) fort de ce caractère.
Pour aller dans le sens de François Villebrod, on observe parfois (au microscope, c’est-à-dire en corps 72…) de très légères modifications (allégement ou raidissement de l’apostrophe), mais ces cas sont bien rares. Si j’en ai le temps (et si j’en vois la nécessité pour mon travail de dans deux ans), j’établirai une liste des caractères les plus courants qui, chez certains électrofondeurs, présentent cette particularité.

À Typographie, le 15 décembe 1999.
P. JALLON : L’apostrophe courbe n’est pas reconnue par les normes informatiques Latin 1 et Latin 9. Question peut-être stupide : pourquoi les normalisateurs n’ont-ils pas inclus l’apostrophe courbe au moins dans le Latin 9 ?
Parce que l’« apostrophe courbe » n’existe pas… Ce qui existe, c’est l’« apostrophe » (courbe ou non…) et la chiure de mouche.



Appel de note Astérisque, Note.

L’appel de note est une balise qui indique au lecteur qu’une information complémentaire — relative au mot ou au groupe de mots précédents — est située hors du texte courant (en bas de page, en marge, en fin de chapitre ou de volume).
On dit également « renvoi de note », mais c’est introduire un risque de confusion avec les vrais renvois tels que «  », « Voir » ou « Cf. », qui eux n’envoient pas nécessairement le lecteur vers une note mais, selon les cas, vers une zone précise du texte courant ou de ses annexes, vers un autre ouvrage, une publication…

Visuellement, l’appel de note devrait avoir deux qualités. Le problème est qu’elles sont contradictoires. Il doit être discret, afin de ne pas perturber la lecture de celui qui n’aime guère s’interrompre pour des broutilles ; il doit être repérable, afin de faciliter la tâche de celui qui, après avoir lu la note, tente de retrouver le lieu où il a abandonné le texte courant. Quelle qualité faut-il privilégier * ? La discrétion.
* Cela dépend bien sûr de la nature du texte. Ici, je privilégie l’hypothèse où il doit être lu, destination qui ne semble pas invraisemblable.
D’abord, parce que les notes sont, par nature, des éléments secondaires. Il n’est donc pas opportun de les faire apparaître comme des bornes majeures du texte. Si leur contenu n’est pas accessoire, on voit mal ce qui justifie son bannissement hors du texte courant. (Enfin… si, on le voit très bien : dans la plupart des cas, c’est l’incapacité ou la renonciation * à intégrer une information essentielle au bon endroit. Bien sûr, des auteurs ont su jouer de la mise en note excessive avec esprit ; je n’évoque ici que les appels de note « ordinairement excessifs », les plus nombreux.)
* Et non le renoncement.
L’argument du retour aisé n’est guère convaincant. Il ne s’applique pleinement qu’aux notes de bas de page (sous réserve qu’elles soient en nombre limité), beaucoup moins aux notes marginales (en principe situées à la hauteur de l’appel), pas du tout aux notes placées en fin de chapitre ou de volume (le retour sera nécessairement malaisé). Inutile de pénaliser le lecteur qui refuse de rompre le fil, sans réel profit pour celui qui, l’ayant brisé, ne pourra de toute façon le renouer sans un petit effort et n’est plus à une fraction de seconde près.
 


1. Chiffres

Chiffres supérieurs : 1.
Les chiffres supérieurs composés dans un corps inférieur de 2 points à celui du texte courant sont les plus discrets des appels de notes. Multipliables à loisir, ils sont recommandables dans la quasi-totalité des cas.
Deux restrictions expliquent ce quasi :
— dans les ouvrages où des chiffres sont mis en exposant, la confusion est inévitable ;
— dans les compositions en petit corps (
5 ou 6 points), le corps de l’appel (4 points…) est illisible pour une part non négligeable des lecteurs 23.

Chiffres supérieurs entre parenthèses :
(1).
Le recours à ces lourds appels n’est envisageable que dans les cas évoqués plus haut (confusion avec les exposants), mais les lettres supérieures entre parenthèses : 
(a) sont dans ces occurrences préférables, voir : § 2. Les parenthèses sont dans le corps de l’appel : (1) et jamais dans le corps du texte : (2).

Les chiffres du même corps que celui du texte courant ne peuvent être employés qu’entre parenthèses : (1) ou entre crochets : [1], cela se conçoit aisément. L’emploi de ces très lourds appels devrait être limité aux textes composés dans un petit corps..
 


2. Lettres

Les lettres supérieures se composent en romain : a.
Les lettres supérieures entre parenthèses se composent en italique avec des parenthèses, du même corps, en romain : 
(a).
Les lettres du même corps que celui du texte courant se composent en italique et imposent l’emploi de parenthèses romaines : (a) ou de crochets : [a].
 


3. Astérisques

Ce n’est pas le plus discret mais, à petites doses, c’est le plus beau des appels de notes. C’est également celui qui connaît les plus sévères restrictions d’emploi…
••• L’inconvénient — ou l’avantage ? — principal de l’astérisque est qu’il ne peut être multiplié à loisir. Son usage est ainsi limité aux textes ne présentant jamais plus de trois notes par page : *, **, ***. Trois astérisques successifs ne passent pas inaperçus dans le gris du texte : cette limite est donc théorique. Si l’on doit retrouver ce genre de constellation à chaque page, mieux vaut changer de signe d’appel. L’élégance de l’astérisque ne se manifeste pas dans la profusion. C’est le signe idéal pour les appels de notes d’auteur, s’ils sont rares. Au-delà de trois astérisques, on pénètre sur le terrain du jeu, du burlesque ou du ridicule typographique : ****. La perception du lecteur connaît des limites qu’il est courtois de respecter : *****.
Impr. nat. 1990, Vairel 1992.
Guéry 1990.
•• On renoncera à l’astérisque comme appel de note si l’on tient à l’utiliser comme signe abréviatif ou comme symbole : [Mme de B*** habitait à ***]. Il faut choisir.
Même remarque pour tous les ouvrages spécialisés où l’astérisque joue déjà un rôle particulier. On a longtemps préconisé l’astérisque comme appel de note dans les ouvrages de mathématiques ; c’est aujourd’hui discutable (produit de convolution, absence du zéro dans les ensembles de nombres fondamentaux).
¶ On peut tourner la difficulté en adjoignant à l’astérisque des parenthèses supérieures, dans un corps inférieur à celui du texte :
(*).
Attention ! d’autres difficultés surgiront, voir : § 4. Hideuses dans cette occurrence, les parenthèses dans le corps du texte sont très déconseillées : (*).
Impr. nat. 1990.
Code typ. 1993.
 


4. Parenthèses, crochets

Supérieures ou non, les parenthèses sont un pis-aller.
Leur rencontre avec d’autres parenthèses (appel de note à la fin d’une phrase mise entre parenthèses) est un spectacle peu réjouissant (n’est-ce pas ?
(*)). (Certainement (**)).
Impr. nat. 1990 suggère de les transformer alors en crochets (comme ça ? [
1]). À mon sens, cela n’arrange rien pour le lecteur, troublé par un changement inopiné de code. Pis, cela introduit une confusion supplémentaire dans les ouvrages où les crochets encadrent une autre catégorie d’appels de notes. Si l’on tient absolument à les isoler du texte courant par des parenthèses ou des crochets, autant appliquer aux appels de notes une règle par ailleurs bien établie, en réservant les crochets pour les renvois bibliographiques ou les notes de l’éditeur. Cela n’évitera pas pour autant les rencontres malheureuses, car, au sein d’un commentaire de l’éditeur [entre crochets], on imagine mal la présence d’un appel de note dû à l’auteur… donc [commentaire [*]]… C’est sans issue. Sauf à supprimer sans pitié parenthèses et crochets dans les appels de notes.

Jadis, les typographes (Dumont 1915, Lefevre 1855) plaçaient l’appel après la phrase ou le membre de phrase entre parenthèses : ceci est un exemple (à ne pas suivre) (*).
Cette façon de faire n’est pas meilleure :
— elle enfreint la règle qui proscrit avec raison deux mises entre parenthèses immédiatement successives ;
— dans la plupart des cas, il est impossible de déterminer si l’appel de note concerne le texte entre parenthèses ou l’ensemble de la phrase ;
— l’appel ne peut jamais s’appliquer à un seul mot.
L’élimination des parenthèses de l’appel permet ces distinctions : ceci est un exemple (à suivre *) ; ceci est un autre exemple (à suivre) ** ; ceci est encore un exemple (à suivre ***, lui aussi).


5.Autres signes

•• Les logiciels de traitement de texte permettent de choisir n’importe quel signe comme appel de note. Les vignettes, les symboles, les pictogrammes sont parfois de la fête. Il est prudent de renoncer à cette liberté et de se contenter des signes qui traditionnellement remplissent ce rôle.
Toutefois, dans certains ouvrages scientifiques, une entorse à l’orthodoxie typographique sera toujours préférable à un risque de confusion.

Jadis, l’astérisque, la croix et le pied-de-mouche étaient utilisés dans cet ordre comme appels : * ** † ¶.
Cette façon de faire est heureusement oubliée… L’usage anglais était (est…) un peu différent, mais pas meilleur : * † ‡ ¶.
Si ça ne suffit pas, on double la dose : ** †† ‡‡ ¶¶. (La croix est ici un poignard, dagger.)
Leclerc 1939.


6. Conclusion

Quelle que soit sa forme, l’appel de note se place avant la ponctuation. Il est précédé par une espace fine insécable.


Appendice Addenda


Approche Crénage, Œil.

L’approche typographique est la distance qui sépare l’œil et les bords latéraux de la « lettre » ; c’est donc le blanc latéral fixe qui est ménagé de part et d’autre d’un signe, afin que son œil ne touche pas celui des voisins. Aujourd’hui, l’approche naturelle peut être modifiée, ce qui rend byzantine la distinction entre approche et interlettrage. Anglais : kerning.
Académie 1994 : « Blanc laissé sur chaque côté d’une lettre pour l’isoler des autres dans la composition. »
Les définitions données par Littré 1872 et Robert 1993 sont erronées. Hachette 1995 et Larousse 1999 ignorent l’acception typographique de ce terme.

En composition chaude, l’approche désignait également la séparation fautive de deux lettres, due à un corps étranger ou à la déformation accidentelle de la matière.


À Typographie, du 6 au 11 décembre 1998.
A. HURTIG : Pour être plus sérieux : un crénage entre l’apostrophe et le guillemet ouvrant devrait être standard.
Augmenter l’approche ? Ce ne serait pas du luxe… mais juste un chouïa… pas trop hein ! s’agit pas de se retrouver avec l’équivalent d’une fine ! (Tiens, justement, je vais m’en octroyer une.)
Pour le reste, il me semble que l’on accorde une importance excessive aux approches de paire. Plus on en intégrera aux polices… plus les paires et les triplettes délaissées sembleront malhonnêtes. De nos jours, j’ai le sentiment que certains typographistes crènent un peu trop les paires indignes (AV, Te, etc.). Le gris, oui ! L’homogénéité ferrigi… ferrugineuse, non ! Crénons, mais avec modération.
Par ailleurs…
… On peut se demander par quel miracle nos prédécesseurs parvenaient à obtenir de la belle typo… (Je ne parle pas ici de titrage…)
T. BOUCHE : « Pour le reste, il me semble que l’on accorde une importance excessive aux approches de paire » : peut-être, ou peut-être non. C’est que probablement les talus d’approche, donc les approches de paires, sont dépassés depuis la dématérialisation des types. Soit on chiade de bons talus, et les corrections d’approche sont exceptionnelles et motivées (ou évitées par des ligatures supplémentaires), mais alors il ne faut pas vouloir jouer trop « serré ». Soit on sacrifie à l’esthétique de l’étroit, du dense, où chaque µm blanc est pourchassé, et il faut ajuster toutes les paires possibles pour conserver une homogénéité potable. Dans ce cas, les talus d’approche sont en fait parfaitement inutiles, seules les paires ont un sens, mais aucun modèle de gestion des fontes ne fonctionne comme ça, je crois.
« On peut se demander par quel miracle nos prédécesseurs parvenaient à obtenir de la belle typo… » : on peut se demander par quel miracle nous trouvons beau tout ce qui est désuet.
Qui trouve beau tout ce qui est désuet ? Le plomb n’est pas désuet, il est mort. Avec lui, on a composé des machins affligeants, nuls, hideux, à chier, mais aussi des chefs-d’œuvre d’élégance, d’équilibre, de lisibilité… sans avoir à se préoccuper des approches de paire qui passionnent nos contemporains. Il y a bien une raison… et tu as commencé à l’évoquer dans ton message. J’ajouterai ceci : il est plus facile de multiplier les approches de paire que de définir avec précision et talent l’approche naturelle d’un caractère… beaucoup plus facile…
Dans bien des cas, les approches de paire sont destinées à corriger des approches naturelles mal conçues… D’où l’on pourrait tirer un énième principe : le nombre d’approches de paire indispensables à une police est inversement proportionnel à la qualité des approches naturelles de celle-ci…
T. BOUCHE : Alors pourquoi s’en priver ?
Parce que les résultats ne sont pas identiques…
Je reviens sur ce point : plus tu multiplies les approches de paire, plus tu rends choquantes celles que tu as oubliées… et plus tu cours le risque d’engendrer un interlettrage élastique. Les approches naturelles participent aussi à la reconnaissance des caractères et même des paires (par les petits yeux des humains). S’amuser à les triturer à l’excès n’aide certainement pas la lecture. Il me semble qu’ici nous sommes tous d’accord pour croire encore qu’un texte composé n’est pas avant tout destiné à être vu (ah ! le beau gris !) mais à être lu.
T. BOUCHE : Faire l’hypothèse qu’il existe de bonnes approches naturelles que nos apprentis sorciers contemporains ont la paresse de débusquer rend évidemment caduque la correction massive des approches. Seulement, c’est une hypothèse qui n’est pas toujours vérifiée, ton principe est uniquement un théorème au champ d’application limité.
Cette hypothèse n’est pas « toujours » vérifiée, mais elle l’est dans de très nombreux cas… J’irai jusqu’à dire (comme toi dans le passage suivant) : dans la plupart des cas où le nombre d’approches de paire est pathologiquement élevé.
T. BOUCHE : Il est de bon ton de nos jours de crier haro sur les créneurs fous. On a vu en effet quelques excès, du genre « Mes typos sont de haute qualité, elles ont au moins 1 500 paires chacune. » Et dans la plupart des cas on observe que ces paires sont […] si nombreuses parce que les approches sont erronées dès le départ (du genre approches toujours symétriques, ou approches des italiques ne tenant pas compte de la pente).
Serions-nous encore une fois d’accord ?
T. BOUCHE : Cette idéologie artisanale n’a plus aucune raison d’être. Puisque sa raison d’être a disparu avec l’avènement de la photocompo.
Tiens donc… Puis-je te rappeler que c’est toi qui as écrit ceci : « Dans ce cas, les talus d’approches sont en fait parfaitement inutiles, seules les paires ont un sens, mais aucun modèle de gestion des fontes ne fonctionne comme ça, je crois. » Dernier mot… Faut-il préciser (oui, on ne sait jamais…) que je ne suis pas parti en guerre contre toutes les approches de paire ? !… Tout le monde sait qu’elles sont évidemment nombreuses à constituer une véritable bénédiction (singulièrement avec certaines caps, entre elles ou devant des bas de casse, bref, les classiques du genre).
T. BOUCHE : Il est alors facile d’exhiber ce que tu considères comme des exceptions pathologiques, et ce que je prends pour des cas d’espèce qu’on ne peut laisser de côté.
Ce ne sont pas les cas d’espèce que je qualifie de « pathologiques » mais les approches de paire proliférantes dont la seule utilité est de corriger des défauts de conception.
T. BOUCHE : Euh… oui… où est le problème ?
Ici : « Ce fait n’a pas empêché les modèles de gestion des caractères à deux dimensions de reproduire le schéma artisanal hérité du plomb. […] J’imagine qu’on va nous trouver enfin quelque chose de meilleur dans les années à venir. » Ma critique ne porte pas sur demain mais sur aujourd’hui !
T. BOUCHE : Je ne suis pas opposé à un système où le blanc entre deux caractères consécutifs soit toujours dynamiquement ajusté en fonction du corps, et de chacun des deux caractères…
Comme tu le sais, des tentatives ont été faites. Tu les trouves convaincantes ?
T. BOUCHE : … qui rendra ton point de vue non seulement réactionnaire, mais hors sujet !
Insinuerais-tu que mon point de vue est par nature figé, incapable d’évoluer en tenant compte des avancées techniques ?… Non à la rétroactivité des jugements, surtout quand ils viennent du futur ! Réactionnaire… Tu veux vraiment la castagne ?… Provocateur…
T. BOUCHE : Donc à tirer une croix sur ces « approches naturelles » qui — soit dit entre nous — sont une calamité en début ou fin de ligne ou de mot.
Bof… une calamité pour le fil à plomb ouiziouigue mais non pour mes yeux…

À F.L.L.F., le 17 août 2000.
F. MOLINA : Vous devez savoir que dans une police de caractères bien faite et équilibrée, chaque caractère dispose d’un crénage prédéfini et finement ajusté : des réglages réunis dans une table qui lui permettent de bien se positionner, tout naturellement, avant et après n’importe quel autre signe de la police.
Oh non, je l’ignorais et vivais dans l’erreur : je pensais bêtement que chaque caractère avait ses approches naturelles et qu’une table d’approches de paire permettait d’ajuster plus finement les occurrences problématiques.
C’est un débat qui agite les milieux professionnels. Nous vous attendons sur la liste « Typographie », où de tels développements ne seront pas hors sujet. Je suis de ceux qui pensent qu’une table d’approches de paire hypertrophiée (la table, pas la paire) est la marque des polices mal dessinées et dont les approches naturelles ont été mal conçues, en bref qu’elle n’est que du bricolage.
Le record serait évidemment battu avec votre description, car, si je vous ai bien compris, vous croyez que les tables prévoient une approche de paire pour chaque caractère en contact avec n’importe quel autre caractère de la police ? Je ne suis pas mathématicien, alors je laisse à d’autres le soin de calculer le nombre de paires…
Les approches naturelles participent aussi à la reconnaissance des caractères et même des paires (par les petits yeux des humains). S’amuser à les triturer à l’excès n’aide certainement pas la lecture.
F. MOLINA : Dans de telles polices, le point d’exclamation, par exemple, se détache juste ce qu’il faut de la fin du mot…
C’est inexact. Du moins pour la composition du français par de vrais typographes. Le blanc antérieur des ponctuations hautes est une simple approche pour le monde non civilisé, donc (avant tout) une affaire de dessinateur de caractères… alors que pour nous c’est une espace, donc une affaire de compositeur. La différence n’est pas mince. C’est en gros la même qu’entre contrainte et liberté.



Arc, arche Alliance, Monument


Armée Grade, Guerre, Légion.

Armée.
L’armée française, l’armée de l’air, l’Armée rouge.
L’Armée du salut ( Robert 1994, [Armée du Salut] Guéry 1996).
La Grande Armée (Napoléon Ier).
Une afat, des afats (auxiliaire féminin de l’armée de terre).

Régiment.
« Il entra dans le régiment de Royal-Cavalerie […]. » – François René de C
HATEAUBRIAND, Mémoires d’outre-tombe.

Numéro.
Les numéros des régions militaires se composent en chiffres romains grandes capitales : la IVe région militaire.
Bref Larousse 1995, Impr. nat. 1990.
Le numéro des unités de toute nature est composé en chiffres arabes : la 5e armée, le 2e bataillon.
Impr. nat. 1990.
Bref Larousse 1995 (chiffres romains pour les armées).
Pour éviter les confusions, on suggère parfois (Impr. nat. 1990) de composer en chiffres arabes le numéro des unités françaises ou alliées et en chiffres romains grandes capitales ceux des unités ennemies. Pourquoi pas ? mais il n’est pas certain que ce procédé aide beaucoup le lecteur à reconnaître les siens.


Arrobe

Ou arobas, arrobase, arobase (Larousse 1997), arrobe, arobe (Robert 1993), arobass, arobastre, arobasque (Paput 1997)
Ou « à commercial ».


I. Origine de l’arrobe

À Typographie, le 10 mars 1998.
T. BOUCHE : Le Small Bob connaît aussi arrobe (ou arobe, mais pas arose), même étymologie mais cette fois 12 à 15 kg et/ou 10 à 16 litres.
12 litres, c’est pour l’huile… 16 litres, c’est pour le pinard…
Selon Albert Dauzat, ce serait même attesté depuis le
XVIe siècle… En tout cas (ce soir, je n’ai pas les moyens de fouiner plus avant…), arrobe figure dans Claude-Marie Gattel (1813).

À Typographie, le 16 mars 1998.
J. ANDRÉ : Donc arrobe n’a rien à voir, sauf une ressemblance glyphique, avec le @ de nos claviers. Si vous adoptez arrobe pour @, alors soyez cohérent dans les confusions et adoptez dièse pour #.
Ce n’est pas une ressemblance, mais une identité… C’est le même caractère et le même glyphe. Dans ton catalogue Deberny, cela doit être perceptible… La comparaison avec (dièse) et # (octothorpe) n’est pas pertinente (là, il y a une vague « ressemblance » graphique, mais pas d’identité…).
J. ANDRÉ : Je dis qu’il y a ressemblance de glyphes entre le @ de l’arrobe et le @ de nos scribes médiévaux, mais pas identité de caractères. Je ne vois pas comment ni pourquoi la préposition « à » pourrait être devenue une unité de poids.
Mais je ne parle pas de cette identité ! Il s’agit de l’identité entre le symbole de l’arrobe (ancienne unité espagnole) et celui du à commercial qui figure sur nos claviers ! C’est le même, exaguetly ze saime ! Moi, j’ai rarement vu un caractère typographique français reproduisant la ligature manuscrite ad… En revanche, j’ai vu de nombreux @ (pour arrobe) typographiques.
J. ANDRÉ : Comment trancher ? En demandant à un spécialiste d’écriture arabe de nous dire d’où vient ce symbole pour ar roub que l’on trouve donc apparemment sur les amphores et autres poids, mais je suis persuadé que ça n’a rien à voir avec le latin ad.
Effectivement, cela n’a rien à voir, mais ce n’est pas le problème… Il y a coïncidence de forme entre l’abréviation latine ad et le symbole de l’arrobe. La confusion a eu lieu jadis, et pas chez nous… On en hérite. Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ?
Il y a filiation de sens et de forme entre l’abréviation ad et le à commercial, c’est une évidence, mais, parallèlement, il y a une identité de forme entre le symbole de l’arrobe et celui du à commercial…
Arrobas n’arrange rien, car, contrairement à ce que tu dis, ce n’est pas une nouveauté… c’est le pluriel de l’espagnol arroba… c’est-à-dire de l’unité de mesure…

À Typographie, le 9 février 2000.
J. ANDRÉ : Dans le spécimen de la fonderie Benjamin Krebs Nachfolger, de Frankfurt am Main, édition datée de 1899 (oui, c’est bien un 8), parmi les signes divers style dingbats, on trouve à côté d’un @, un « n » entouré comme le a, mais la boucle se termine par un retour vers la gauche pour faire une sorte de g. Dans le spécimen du fondeur Nebiolo de Turin (même époque ?) on trouve, également dans les segni diversi, deux @ (un romain et un italique) et deux r-robaces : , un romain et un italique.
À quoi servaient ces signes ? Existent-ils encore ?
Le est le symbole du réal (real). Lors des discussions sur l’arrobe, j’avais utilisé l’exemple du réal pour montrer que l’origine (graphique) de @ n’est pas si limpide que d’aucuns le prétendent.

À France-Langue, le 5 juillet 2000.
Y. MANIETTE (citant un « érudit ») : « [… ] et autres arrobâneries. Ce sont des imprimeurs bien de chez nous qui ont tout simplement désigné ce caractère par ses éléments descriptifs évidents “a-rond bas” (de casse) ».
Cette arrobânerie a la vie dure, bien qu’elle ne résiste pas à l’analyse… Il n’est pas envisageable qu’un terme de jargon ait par miraculeuse coïncidence correspondu exactement au nom français (arrobe) d’une unité de mesure espagnole (arroba) représentée depuis longtemps par le signe @…

À Typographie, du 8 au 23 janvier 2002.
T. BOUCHE : Je trouve assez impayable que les Italiens détiennent les preuves de l’origine italienne de l’arrobe, les Espagnols aussi, et voici maintenant (coup de théâtre, dois-je dire…) les Français qui se mettent sur les rangs ! […] Resterait évidemment à étayer par quelques faits plus tangibles que des références douteuses ou manquantes ! En particulier, je ne sais pas, prouver la migration de comptables français en Allemagne.
Ça, c’est prouvé… enfin, plus précisément, disons qu’il est prouvé que notre « à » a servi un peu partout et en particulier en Allemagne. Le monsieur du C.N.R.S. n’a pas de documents sous les yeux (ce qui est tout de même fort de café pour une « expertise »…), mais moi j’en ai, et ils montrent que cette pratique a au moins perduré jusqu’aux premières décennies du
XXe siècle… Ainsi, dans la Correspondance commerciale allemande (1923) de Louis Weber trouve-t-on des « à » romains noyés dans des chiffres en fraktur (et en allemand, évidemment)…
Outre la légèreté de la documentation (le passage sur l’étymologie d’arrobe est une pièce d’anthologie), un fait est frappant dans cette expertise : l’absence de référence à la typographie…
Il y a pourtant des choses à voir dans les documents imprimés par nos ancêtres, par exemple des arrobes espagnoles ayant au micron près la tronche des nôtres.
Un point intéressant cependant : le rejet (certes mal documenté…) de la piste latine… Moi, j’aimerais que l’on étudie sérieusement un point : à quel moment et en quel lieu s’est effectuée la « confusion-jonction » de « à » (ou ad, ou at…) et du symbole de l’unité espagnole.
C’est le seul point mystérieux, car une chose est sûre : graphiquement, l’arrobe d’aujourd’hui n’est rien d’autre que celle d’hier. Le signe ne signifie plus la même chose, mais la filiation graphique est patente. Il faut avoir le nez collé au parchemin pour réfuter cela.
Pour l’instant, je ne vois pas très bien où l’expertise va mener nos académiciens… À appeler l’arrobe à commercial ? Ce ne sera pas une grande nouveauté…
T. BOUCHE : Une question, tout de même, qui me préoccupe depuis quelque temps : d’où vient que les Espagnols utilisent arroba sans la moindre hésitation depuis que ce machin a refait surface ? Pourquoi la valse-hésitation en France sur des tas de mots biscornus alors qu’arrobe se trouve encore dans le dictionnaire, et que l’unanimité s’est faite outre-Pyrénées ?
Il n’y a pas d’hésitation à avoir. Ce machin s’appelle arrobe ou arobe, un point c’est tout ! Laisse l’Académie s’amuser…
P. ANDRIES : Est-ce qu’on peut avoir une référence bibliographique complète (avec no de la page) ?
Jean Dumont, Vade-mecum du typographe, 4e éd., Bruxelles, 1915, p. 164.
J. ANDRÉ : La question reste : d’où vient ce symbole comptable @ ? D’une ligature latine ad (apparemment pas attestée), d’un à comme l’a montré Lacroux ?
Tu me confonds avec un expert cnrsien… Moi, je n’ai rien montré du tout, sauf ceci : graphiquement, @ n’est pas autre chose que le symbole de l’arrobe…
J. ANDRÉ : Et pourquoi était-il apparemment quasi inconnu en France (je parle du @ commercial, pas du poids espagnol présent dans des spécimens de fonderie) ?
C’est le même symbole ! Pourquoi veux-tu les dissocier, les distinguer à tout prix ? Je ne te comprends pas… Tu crois sincèrement à une « coïncidence » ? Pas moi…
J. ANDRÉ : Ça fait dix ans que je le dis et je le redirai tant qu’on ne m’aura pas prouvé la filiation entre ce poids et ce qu’on a sur nos claviers !
Tu inverses la charge de la preuve… Quels sont les faits, les faits indiscutables ? @ (à commercial) et @ (unité de poids) sont des symboles strictement identiques. Je ne crois pas à une coïncidence et n’affirme rien d’autre.
À toi de prouver que cette identité est le fruit du hasard et qu’il n’y a aucune « filiation ». Tant que tu ne l’auras pas fait, je répéterai que ton opinion n’est qu’un préjugé… Ce préjugé est peut-être une intuition géniale, mais c’est à toi d’en faire la démonstration…
J. ANDRÉ : Patrick Andries nous citera aussi plein d’autres glyphes d’Unicode qui correspondent à des caractères complètement étrangers l’un à l’autre.
Oui, il est certain que le P latin et le P cyrillique ne sont pas le même caractère… mais nul ne conteste leurs liens généalogiques.
J. ANDRÉ : Mais pour moi, je répète, le problème est d’expliquer pourquoi une unité de poids espagnole, même si elle est importante pour le sud des Amériques (merci Thierry), servait à Londres en 1930. […] Et je répète qu’effectivement on trouvait ce symbole dans les spécimens des fonderies des années 1930…
Bien avant.
J. ANDRÉ : … au milieu des symboles monétaires et pondéraux, alors que dans les spécimens des fonderies américaines il se trouve parmi les symboles comptables.
Chez Jean Dumont comme chez Henri Leduc, l’arrobe ne figure pas parmi les symboles « pondéraux », avec d’autres unités de mesure ! mais avec des symboles monétaires ! c’est-à-dire avec des symboles « comptables » ! Cela ne te trouble pas ?
J. ANDRÉ : Nos claviers sont issus des machines comptables (le B de I.B.M. veut dire Business, non ?).
Non… de machines à écrire : l’arrobe figurait sur le clavier de certaines machines à écrire bien avant la naissance d’I.B.M.
Le clavier dit « américain » (Qwerty avec l’arrobe…) est adopté comme « standard » dès 1888 par un congrès de fabricants réunis à Toronto…



II. Arrobase ou @ ?
Arrobas ou arrobe ?

À Typographie, le 10 mars 1998.
T. BOUCHE : Je trouve bizarre cet acharnement à vouloir donner un nom à un glyphe (voire un caractère)…
Ouaip ! J’suis d’accord. Ce que je trouve surtout bizarre c’est que des experts « choisissent » un terme dont ils se demandent comment on peut bien l’écrire et, surtout ! le prononcer…
Voici d’ailleurs ce que j’ai envoyé à la D.G.L.F. : « Elle mentionne que le mot arrobe est normalisé. En réalité c’est encore en cours et nous pouvons avoir notre mot à dire. Les experts du groupe pensent désormais suivre l’usage d’arobase. Mais comment l’écrire et le prononcer ? arobase ? arobas avec un s sonore (comme dans crocus ou albinos) ? Merci de me renvoyer une réponse très simple, comportant juste la graphie/phonie que vous utilisez. […]
« @, arrobe, à commercial/arrobe, a commercial… Dommage que vous souhaitiez une réponse simple… J’aurais aimé vous expliquer ces choix… qui dépendent des circonstances et des emplois. Alors, juste une piste : cela fait bien longtemps que esperluette, perluette (ou esperluète, perluète) et et commercial cohabitent… non sans raison… Après tout, il s’agit de nommer un signe graphique… »
J. ANDRÉ : Mais Deberny & Peignot l’écrivai(en)t bien (en 1926 en fait) Arobas !
Eh ben, ils étaient bien seuls (à l’époque…) ! Ce qui est normal, puisqu’ils se fourvoyaient (comme le Petit Larousse aujourd’hui… mais pas encore Little Bob). Arobas, ce n’est ni français ni espagnol. D’où sort ce s final après un singulier (l’unité, en espagnol, c’est l’arroba) ? Je m’avance imprudemment, je n’ai pas vraiment étudié la question sur ce point, mais… à vue de nez, cela doit tenir à ce petit fait : avant le symbole, rares étaient les occurrences de nombres égaux ou inférieurs à l’unité… Alors, forcément… Un peu comme si £ était le symbole de la pound
Parmi d’autres, voici ce que l’on peut lire dans les manuels de Jean Dumont (1915) et d’Henri Leduc (1948) : @ arrobe (il s’agit de l’unité, évidemment).
Pour l’anecdote, voici ce que je découvre chez ce cher Théotiste L. (1850, 1883), dans le chapitre consacré à la composition de l’espagnol : « (a.) : alias, arroba. » Ça ressemble fichtrement à du bricolage : les deux parenthèses tentent de restituer la boucle de l’abréviation manuscrite latine…
Pour revenir au problème posé par la rue de la Manutention… Le symbole @ a eu, et a encore plusieurs emplois. Il est inutile de chercher un nom à l’unité et au symbole qui la représente, c’est une affaire réglée depuis longtemps, y compris en français.
Il s’agit donc de nommer le même signe dans son emploi aujourd’hui le plus fréquent. Mais le nommer pour quoi faire ? Pour le désigner, à commercial (quatre syllabes), légitime depuis fort longtemps, est tout indiqué, en couple avec arrobe.
Ou pour l’exprimer à l’oral, par exemple dans les adresses électroniques ? Ici, autant faire court… et arrobe (deux syllabes), de ce point de vue également, est bien meilleur que les improbables arrobas, arrobase ou arobace (trois syllabes)… mais à rond n’est pas idiot non plus…
Ce que je crains, sans plaisanter, le sujet ne s’y prête pas, c’est que les « arobes » gênent un certain nombre de locuteurs.
Bref, contre le Petit Larousse, restons typophiles, restons fidèles à la trilogie @, arrobe, à commercial !

À Typographie, le 16 mars 1998.
En français, le symbole @ a un nom depuis longtemps (arrobe). Pourquoi diable faudrait-il lui en attribuer un nouveau ? Parce que certains utilisateurs sont branchés sur un secteur sans mémoire ? C’est mettre le doigt dans un machin pas très net, en dépit des apparences néolexicales…
J. ANDRÉ : Justement non, car, tu le dis bien, æ a un nom, est connu, a un usage dans notre pays, mais pas @.
Justement, si… @ a un nom (arrobe) et un usage anciens chez les francophones… Arriba « arrobe » ! Arrobes ! Por arrobas ! (Traduque : « Des arrobes comme s’il en pleuvait ! »)

À France-Langue, le 16 décembre 1999.
P. ANDRIES : Certainement pas pour l’orthographe irrégulière de arrobas (avec un s sonore…), personne n’écrit ce mot. On écrit « @ ».
Ah… sur ce coup, je soutiens Patrick à fond. […] Quand j’ai dialogué avec lui sur ce sujet, arrobas figurait déjà dans le Petit Larousse et était déjà présenté dans les milieux dits « informés » comme la forme la plus répandue… et arrobe (ou arobe) était déjà « un terme français depuis un demi-millénaire »… Les mêmes gens bien informés nous serinent que arrobe désigne uniquement l’unité de mesure et non le caractère @. C’est absurde. Depuis longtemps, @ est à la fois le symbole de l’unité de mesure et l’abréviation latine de ad… et, en français, le nom de ce caractère est arrobe… Ensuite, chacun est libre de le prononcer comme il l’entend : arrobe, arrobas, arrobase, arromachin, areuh-areuh, chez, at, escargot, le truc, là…
L’usage… devra-t-il faire modifier le nom ISOfficiel du « Digramme soudé minuscule latin oe »… que tout le monde appelle eudanlo ou ligaturoheu ?



III. Dessin de l’arrobe

À Typographie, le 10 mars 1998.
J. ANDRÉ : Quand je parlais de @ romain, je voulais dire basé non sur le a cursif ou italique que l’on trouve dans je crois quasiment tous les @ que je connais mais sur le a romain que vous voyez probablement sur votre écran.
Les beaux @ (en plomb…) ont un « a » italique ou, plus précisément, un « a » d’anglaise. Ce détail n’est pas insignifiant… et devient évident quand @ est voisin d’un caractère comparable… à ceci près… que le « a » est remplacé par un « r » d’anglaise, parfaitement identifiable : est le symbole du réal.
En revanche, les @ romains (en plomb…) puent souvent le bricolage à plein nez…

À Typographie, le 18 juin 1998.
J. ANDRÉ : En fait quasiment tous les @ sont des italiques (basés sur le a italique). Il faudrait alors que le @ italique soit basé sur le a romain (comme cela existait pour l’arrobe en plomb de Deberny & Peignot) tout en conservant la rondeur du ballon de foot et non de celui de rugby !
Pinaillage matinal, avant de se mettre à bosser un peu… Bien qu’il ait existé * des « @ romains », le « a » de l’arobe dominante n’est pas à proprement parler « italique », pas plus que ne l’est le « a » d’une quelconque anglaise.
* Il y en a peut-être encore ?


Arrondissement Adresse.

Au sein d’un texte, les numéros des arrondissements (divisions administratives de grandes villes) se composent soit en toutes lettres, soit en chiffres romains ordinaux, grandes capitales.
Exemples. — Elle habite le treizième arrondissement : il préfère le quatorzième ; le XVe arrondissement est séparé du XVIe par la Seine ; cet hôtel du
XVIIe siècle (petites capitales) est situé dans le XVIIe arrondissement (grandes capitales).
Code typ. 1993.
Bref Larousse 1995, Gouriou 1990 (uniquement en chiffres romains).
Berthier & Colignon 1979 (lettres, chiffres arabes ou romains ; nette préférence pour les chiffres arabes), Impr. nat. 1990 (uniquement en chiffres arabes).

Sur les enveloppes, l’arrondissement est aujourd’hui intégré au code postal (ou figure sur la même ligne). Impossible d’échapper aux chiffres arabes.
75015 PARIS
75727 PARIS CEDEX 15
Impr. nat. 1990.



Article dans les noms propres Bibliographie, Index, Particule, Ville et village.

1. Patronymes

1.1. L’article qui appartient à un patronyme * (La Bruyère) s’écrit avec une majuscule initiale ; il ne peut être contracté ** ni supprimé, il détermine l’ordre alphabétique : La Mettrie, La Tour du Pin, Le Goff, Le Nain. Après une particule, il conserve la majuscule : Roger de La Fresnaye. La minuscule était déjà un archaïsme au XIXe siècle ; c’est aujourd’hui une faute ( sauf dans une composition « non modernisée » de textes anciens).
Code typ. 1993, Greffier 1898, Impr. nat. 1990.
Gouriou 1990 [Jean de la Fontaine].
* Les mêmes règles s’appliquent aux pseudonymes (Le Corbusier), qui sont assimilables à des patronymes, mais, attention ! pas aux surnoms (le Lorrain), voir : § 1.2.
** Pour le comportement des articles déjà contractés (Du Bellay), voir Particule.

1.2. L’article qui précède un patronyme ou un surnom ne prend pas la majuscule initiale : la Callas, le Tasse, le Caravage, la Voisin, le Lorrain, le Greco ; la Callas lisait-elle La Bruyère ?
Il ne détermine pas l’ordre alphabétique : Greco (Domenikos Theotokopoulos, dit le), Lorrain (Claude Gellée, dit le), Tasse (Torquato Tasso, dit en français le).
Il peut être contracté : « Le récit des amours du Tasse était perdu, Goethe l’a retrouvé. » – François René de C
HATEAUBRIAND, Mémoires d’outre-tombe.


2. Toponymes

Dans les noms de localités administrativement organisées, l’article s’écrit avec une majuscule initiale, il ne peut être supprimé, mais il peut être contracté : je visite Le Havre, je vais au Havre.
Greffier 1898.
Il ne détermine pas l’ordre alphabétique : Les Andelys, La Rochelle, Le Vésinet.
Cette entorse à la règle (majuscule > incidence sur le classement alphabétique ; minuscule > pas d’incidence sur le classement alphabétique) est absurde et relativement récente. Au début du
XIXe siècle, l’usage et l’Académie française étaient d’accord pour écrire : le Havre, les Andelys.
Dans le nom des lieux-dits, l’article s’écrit avec une minuscule initiale : la Défense.


Astérisque Abréviation, Appel de note, Ponctuation.

« Les astérisques étaient connus du temps d’Aristophane,
d’Origène, de saint Jérôme et de saint Grégoire, dans les
manuscrits grecs et latins. Ils étaient figurés en petite étoile
ou en cantonné de quatre points. Ils servaient à différents
usages : marque d’omission ou de restitution de texte ; signe
d’un sens tronqué ; signe de phrases dérangées ; indice des
maximes, des sentences les plus remarquables d’un ouvrage ;
indice d’addition au texte. »
Francis T
HIBAUDEAU, la Lettre d’imprimerie.

••• Un astérisque (masculin comme risque) est un signe en forme d’étoile : *. ¶ Le nombre de branches et le dessin varient selon la police employée : .


Appel de note, renvoi (voir : Appel de note)

Comme appel de note ou comme renvoi à une entrée, l’astérisque se place toujours après l’élément concerné, l’espace fine insécable est obligatoire : mot *.


Abréviation

Concurrents des points de suspension, trois astérisques en ligne sont une marque de l’abréviation de discrétion dans les dénominations propres (personnages, lieux), plus rarement dans les dates : le manoir de *** ; Mme B*** est née en 1903 ; Mme Bertin est née le 3 juillet ***.
« La femme résista, *** insista. Ça me gêne dans mon récit de ne pas avoir de nom pour l’homme en question : appelons-le Jean. » – Alphonse K
ARR, Une poignée de vérités.
Si l’initiale de la dénomination est conservée, aucune espace ne la sépare du premier astérique : M. M***, Mme N***.
Si l’initiale n’est pas exprimée, une espace insécable doit isoler les astérisques du mot qui les précède : M. ***, Mme *** (voir : Abréviation, Points de suspension).
Jadis, on faisait parfois suivre l’initiale par un nombre d’astérisques égal au nombre de syllabes du nom celé (à l’exception de la première, représentée par l’initiale) : Henri > H*, Philibert > P**, Maximilien > M***. Engendrant une exception pour les noms monosyllabiques (Jean > J. ou J*… comme Joseph), cette tradition est heureusement tombée en désuétude. Quant à celle qui attribuait un nombre d’astérisques égal au nombre de lettres celées…


Paragraphe

En soliste * ou, de préférence, en trio , l’astérisque peut marquer le début d’un paragraphe (à condition que celui-ci soit dépourvu de titre ou de sous-titre). Il est donc naturel de rencontrer l’astérisque en haut de page. C’est en revanche un contresens grave (hélas fréquent) de le placer comme dernier signe en bas de page.
Impr. nat. 1990.
Le trio d’astérisques  (ou astérisme…) n’est pas un cul-de-lampe (dont la « pointe » est toujours dirigée vers le bas). Impr. nat. 1990 le définit très bien en lui attribuant une valeur de chapeau.
Guéry 1996.
On peut l’utiliser en début de ligne, par exemple pour les maximes ou les aphorismes. Procédé rare et élégant, peut-être un peu précieux :
Tout le règne actuel peut se réduire à quinze ans de faiblesse et à un jour de force mal employée.
Antoine de R
IVAROL, Mémoires relatifs à la Révolution française.
Le philosophe qui veut éteindre ses passions ressemble au chimiste qui voudrait éteindre son feu.
Nicolas de C
HAMFORT, Maximes et Pensées.

Emplois spécialisés.
Selon la nature du texte, on peut attribuer à l’astérisque une signification particulière (qui devra dans ce cas être précisée dans la table des abréviations ou dans une note liminaire). Il peut s’agir d’une entrée nouvelle, d’une forme non attestée, inexistante ou fautive, de la marque du h aspiré, etc.
Lorsqu’il signale une particularité, l’astérisque se place généralement devant le mot ou le groupe de mots concerné. L’espace insécable est recommandée dans les entrées : * mot ; déconseillée dans le corps du texte : *mot.

Incompatibilités.
Dans un ouvrage donné, il est très déconseillé de confier deux rôles à l’astérisque. Seul celui de séparateur de paragraphes est compatible avec l’un des autres.


Astre Terre, Zodiaque.

••• Les noms des objets célestes (planètes, satellites, étoiles, nébulosités, constellations, signes du zodiaque, etc.) prennent une majuscule initiale, ainsi que les éventuels adjectifs antéposés : Bételgeuse, la planète Mars, les lunes de Jupiter, l’étoile du Berger, l’étoile Polaire (ou la Polaire), la Voie lactée, le Petit Nuage de Magellan (ce n’est pas un nuage), la constellation de la Grande Ourse, la Petite Ourse, la constellation du Sagittaire, les Poissons.
Galaxie (latin galaxias, du grec gala, galaktos, lait) prend une majuscule initiale lorsqu’il s’agit de notre Galaxie (la Voie lactée). Minuscule initiale dans tous les autres cas, et il y en a des centaines de millions (observables) : galaxie, une galaxie, la galaxie d’Andromède, la galaxie NGC 2623 (New General Catalog), etc.

Voie lactée (la) : Bref Larousse 1995, Doppagne 1991, Girodet 1988, Gouriou 1990, Impr. nat. 1990, Larousse 1933, 1970.
[voie Lactée (la)] : Grevisse 1986.
étoile Polaire (l’) : Girodet 1988, Larousse 1985, 1999, Robert 1985.
{Étoile polaire (l’)} : Impr. nat. 1990, Larousse 1933, Robert 1993.


Terre, soleil, lune

••• Quelle que soit la nature du texte, notre planète, son satellite et son étoile prennent une majuscule initiale lorsqu’ils désignent des corps célestes et non des objets tels que nous les percevons : le rayonnement du Soleil.
Ils la conservent donc quasi systématiquement dans les ouvrages d’astronomie, d’astronautique, etc. La distance moyenne de la Terre à la Lune est de 384 400 km.
Bref Larousse 1995, Code typ. 1993, Girodet 1988, Gouriou 1990, Impr. nat. 1990, Larousse 1997, Robert 1985, 1993.
Doppagne 1991 (qui oppose étrangement textes scientifiques et discours courant), Hanse 1987 (article « Lune » : {atterrir sur la lune}, article « Alunir » : atterrir sur la Lune), Larousse 1933, Littré 1872.
•• Dans tous les autres cas, la minuscule s’impose : promettre la lune, être dans la lune, tomber de la lune, la lune rousse, de vieilles lunes, un clair de lune, Au clair de la lune, une lune de miel ; un coucher de soleil, le soleil de minuit, un rayon de soleil (mais le rayonnement du Soleil), un coup de soleil, Sous le soleil de Satan, rien de bien neuf sous le soleil, prendre à témoin la terre entière (l’humanité). Si l’on va sur la Lune, on espère retrouver la Terre ; si l’on est dans la lune, on doit revenir sur terre. L’astronaute quitte la Terre, le défunt quitte cette terre.


Phases de la Lune

Les avis sont partagés ; nouvelle lune, pleine lune : Code typ. 1993, Girodet 1988, Gouriou 1990, Larousse 1970 (article « Lune »), Larousse 1997, Robert 1985, 1993 ; nouvelle Lune, pleine Lune : Larousse 1970 (article « Quartier ») ; Nouvelle Lune, Pleine Lune : Larousse 1985, Lexis 1989 ; premier quartier de la Lune : Larousse 1970, Robert 1985, 1993 ; Premier Quartier : Larousse 1985.
••• Il est inutile de choisir a priori une graphie. Les minuscules s’imposent dans la plupart des cas, selon les critères définis pour le soleil, la terre et la lune : la pleine lune, c’est la barbe ; tiens, c’est déjà la nouvelle lune. Dans un texte, même non spécialisé, décrivant les phases de la Lune, elles seraient très malvenues : première des phases de la Lune, la Nouvelle Lune précède le Premier Quartier.


Dénominations diverses

La Terre promise, Terre-Neuve, etc. Voir : Terre.
L’empire du Soleil-Levant, le Roi-Soleil.


Auberge Enseigne


Avant-propos

Brève introduction placée en tête d’un ouvrage.
L’avant-propos est (en principe et en français) écrit par l’auteur (ou l’un des auteurs, ou les auteurs) : il ne doit donc pas être composé en italique mais en romain. On voit parfois des « avant-propos » rédigés par des éditeurs qui mériteraient un avertissement, voir : Avertissement.
= Impr. nat. 1990.
Lecerf 1956.


Avertissement

Note explicative placée en tête d’un ouvrage.
L’avertissement est rédigé par l’auteur ou par l’éditeur. Dans ce dernier cas, il est nécessairement composé en italique.